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Alternatives économiques

2012/10 (N° 317)


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Pour faire repartir le mouvement de démocratisation scolaire, il faut redonner des moyens à l'école. Mais en ciblant ceux qui en ont le plus besoin.

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Vincent Peillon, le ministre de l'Education nationale, a lancé l'été dernier une grande concertation pour "refonder" l'école. Ces débats, qui ont réuni 500 personnes, se sont clos fin septembre et aboutiront à la remise d'un rapport début octobre, prélude à la rédaction d'une loi d'orientation. Le chantier est vaste et les attentes du monde de l'éducation, échaudé par cinq années de diète, sont élevées.

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Entre 2007 et 2011, près de 175 000 postes ont été supprimés au total dans l'Education nationale, dont 65 000 d'enseignants. C'est ce ministère qui a payé le plus lourd tribut à la règle du non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, dictée par la révision générale des politiques publiques (RGPP). Pourtant, dans le même temps, le nombre d'élèves, lui, est reparti à la hausse, suite au mini baby-boom des années 2000.

Quinze ans de désengagement

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Moins de profs, plus d'élèves : le taux d'encadrement des enfants s'est dégradé mécaniquement et la qualité de l'enseignement s'en ressent. Une situation qui a profondément déstabilisé le système scolaire français. D'autant plus que cela fait maintenant quinze ans que la France réduit l'effort qu'elle consacre à l'école : la dépense intérieure d'éducation [1][1] Dépense intérieure d'éducation : dépenses effectuées... rapportée au produit intérieur brut (PIB) est en effet passée de 7,6 % en 1997 à 6,7 % en 2008. Et si ce ratio a légèrement augmenté en 2009 et 2010, c'est uniquement à cause de la récession, qui a provoqué une contraction du PIB, et non en raison d'une sensible augmentation de ces dépenses.

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En choisissant de revoir à la baisse son investissement dans l'école, la France a fait figure d'exception au niveau international : dans la plupart des autres pays de l'OCDE, la part du PIB consacrée à l'éducation a, au contraire, eu tendance à progresser. Certes, la France partait d'un niveau de dépenses élevé, qui la faisait figurer dans le peloton de tête des pays de l'OCDE. Mais du coup, aujourd'hui, sa position s'est dégradée : en 2009, la France se situait, en cumulant les dépenses publiques et privées, au 13e rang pour le financement de l'enseignement scolaire tant public que privé, alors qu'elle occupait le 4e rang en 1995.

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Evolution de la dépense intérieure d'éducation (en milliards d'euros 2010) et de sa part dans le PIB (en %)Evolution de la dépense intérieure d'éducation (en milliards d'euros 2010) et de sa part dans le PIB (en %)
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Ce désengagement a donné un coup d'arrêt au mouvement de démocratisation scolaire qui avait commencé après la Seconde Guerre mondiale. La durée moyenne de scolarisation recule, passant de 19 années en 1995 à 18,6 années en 2009. De la même manière, alors que 89 % des jeunes de 15 à 19 ans suivaient des études en 1995, ils ne sont plus que 84 % dans ce cas en 2010. Ce sont les élèves issus des catégories sociales défavorisées, qui faisaient déjà les études les plus courtes, qui ont été principalement pénalisés : à partir de 2005, la durée de scolarisation de ces élèves a baissé pour la première fois depuis le début du XXe siècle, alors qu'elle a continué à augmenter pour les étudiants issus de milieux favorisés et déjà scolarisés le plus longtemps. Signe que les inégalités d'accès à l'éducation se sont accrues.

Un signal fort

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Pour inverser cette tendance, Vincent Peillon entend d'abord mettre en musique la promesse présidentielle de créer 60 000 nouveaux postes dans l'Education nationale en cinq ans. Dès cette rentrée, malgré les 14 000 suppressions d'emplois programmées par le précédent gouvernement, le ministre a essayé de limiter les dégâts en créant en urgence près de 6 000 postes. 18 000 des 150 000 emplois d'avenir qui doivent être créés d'ici à 2014 devraient être également réservés à l'éducation. Le gouvernement veut envoyer aux professionnels de l'éducation et aux familles le signal que l'école est redevenue une priorité.

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Mais la hausse des moyens ne fait pas tout. Encore faut-il les répartir de façon adaptée et les dépenser de façon efficace. Pour l'instant, les dépenses éducatives profitent davantage à ceux qui ont plus, c'est-à-dire à ceux qui ont la scolarité la plus longue et qui sont la plupart du temps issus de milieux favorisés. Il faudrait au contraire en priorité lutter contre l'échec scolaire et permettre à tous d'accéder à un niveau de qualification élevé. Il s'agit, ni plus ni moins, de relancer le mouvement de démocratisation scolaire, enrayé depuis plus de quinze ans.


Bibliographie

  • www.education.gouv.fr/pid25496/statistiques.html : de nombreuses données sont disponibles sur le site du ministère de l'Education nationale.

Notes

[1]

Dépense intérieure d'éducation : dépenses effectuées par l'ensemble des agents économiques, (administrations publiques centrales et locales, entreprises et ménages) pour les activités d'éducation.

Plan de l'article

  1. Quinze ans de désengagement
  2. Un signal fort

© Altern. économiques, 2012

Pour citer cet article

Jeanneau Laurent, « Réinvestir dans l'école », Alternatives économiques, 10/2012 (N° 317), p. 58-58.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2012-10-page-58.htm


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