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Alternatives économiques

2012/11 (N° 318)


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Plus en forme que celle de la plupart des pays riches, l'économie allemande devrait néanmoins ralentir en 2012 et 2013 sous l'effet de la crise de la zone euro. Augmenter les salaires outre-Rhin aurait le double avantage de favoriser la demande intérieure, tout en résorbant les écarts de compétitivité avec ses voisins.

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Portée par la reprise de la demande mondiale, l'économie allemande s'est rétablie de façon spectaculaire de la grande récession de 2008-2009. Début 2011, l'activité avait retrouvé le niveau atteint avant la récession, effaçant le recul de 7 % enregistré entre les printemps 2008 et 2009 (voir graphique). Parmi les pays du G7, seuls le Canada (à l'époque) et les Etats-Unis (depuis) font état d'un redressement comparable. Et encore la récession canadienne était-elle beaucoup moins marquée et la reprise américaine reste-t-elle tributaire, entre autres choses, d'un endettement public massif (+ 40 points de produit intérieur brut (PIB) en cinq ans).

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Evolution du PIB depuis 2007, base 100 = 1er trimestre 2007Evolution du PIB depuis 2007, base 100 = 1er trimestre 2007
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A titre de comparaison, l'augmentation de la dette publique allemande depuis l'irruption de la crise ne dépasse pas 18 points de PIB, y compris les opérations de sauvetage des banques. Ramené dès 2011 en dessous de 1 %, le déficit des administrations publiques est désormais compatible avec une réduction de la dette publique. Mieux : tandis que le taux de chômage vient seulement de passer sous la barre des 8 % aux Etats-Unis et qu'il augmente dans la quasi-totalité des pays de l'Union européenne, il est tombé outre-Rhin à 5,5 %, son plus bas niveau depuis la réunification. Confrontés à une pénurie de main-d'oeuvre et à la multiplication des mouvements de grève, les employeurs lâchent la bride en matière salariale. Inférieur à 2 % en 2011, le rythme d'augmentation des salaires pourrait dépasser 3 % en 2012 et davantage par la suite si les normes imposées par les syndicats dans la fonction publique (+ 6 % en 2013) s'étendent au secteur privé.

Rattrapée par la crise

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Fortement dépendante de ses débouchés extérieurs, l'économie allemande n'est certes pas insensible à la crise de la zone euro. Jusqu'à l'été 2011, elle a cependant réussi à compenser la décélération rapide de la demande européenne par la consolidation de sa présence sur les marchés asiatiques et américains, tandis que la dépréciation de l'euro renforçait son avantage compétitif. De 16 % du PIB allemand en 2000, la part des exportations vers les pays extérieurs à la zone euro a bondi à 27 % en 2011. Dans le même temps, la part de la zone euro stagnait autour de 15 % du PIB. S'ajoutant à la récession européenne, le ralentissement marqué de la demande des économies émergentes en 2011 et 2012 a toutefois fini par peser sur les exportations.

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Les entreprises ont réagi en réduisant sévèrement leurs dépenses d'investissement. Après le boom de 2010-2011 (+ 18 %), l'investissement productif devrait stagner en 2012 et 2013. Du coup, la croissance de l'emploi s'est ralentie, et avec elle la consommation. Inquiets des conséquences possibles de la crise financière en Europe, les ménages sont moins disposés à puiser dans leur épargne. Supérieure à 3 % en 2011, la croissance du PIB serait pratiquement nulle au second semestre 2012. Selon le Fonds monétaire international (FMI) et les principaux instituts allemands de prévision, elle tomberait en moyenne en dessous de 1 % en 2012 comme en 2013.

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L'emploi au rabais Emplois à temps partiel, en % de l'emploi totalL'emploi au rabais Emplois à temps partiel, en % de l'emploi total

Des marges de manoeuvre budgétaires

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Contrairement à ses partenaires européens, Berlin dispose de leviers non négligeables pour soutenir son activité. Même si une remontée significative du chômage n'est pas à craindre dans l'immédiat, un soutien de la demande serait d'autant plus opportun qu'il allégerait l'impact des programmes d'austérité mis en oeuvre par ses partenaires. Réalisé avec quatre ans d'avance, l'objectif d'équilibre des finances fédérales introduit dans la constitution en 2009 laisse au gouvernement la possibilité d'utiliser la politique budgétaire dans un sens plus expansif. Selon les calculs du FMI, les marges de manoeuvre actuelles, compatibles avec le respect des engagements constitutionnels, seraient de l'ordre de 0,5 % du PIB.

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L'impact d'une relance budgétaire de cet ordre sur le reste de la zone euro serait toutefois mineur et concentré sur les économies les plus proches et les plus ouvertes (République tchèque, Autriche, Pays-Bas et Belgique). Il serait pratiquement imperceptible pour la périphérie de la zone, et notamment pour les pays les plus frappés par la crise (Grèce, Portugal, Irlande, Espagne). Quoi qu'il en soit, l'ampleur du soutien et des garanties apportées par Berlin dans le cadre des facilités financières européennes (FESF et MES) risque de dissuader le gouvernement de s'engager dans cette direction. D'autant que, échaudée par le financement de la réunification, l'opinion allemande est fortement conservatrice dans ce domaine.

Une politique salariale plus efficace

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Plus courageuse, la proposition d'Angela Merkel d'introduire un salaire minimum fédéral, qui couvrirait les branches d'activité qui en sont dépourvues, pourrait avoir un impact sensible sur la consommation. Conscients des limites de la déflation compétitive imposée à leurs partenaires, les dirigeants allemands se montrent plus ouverts, depuis quelque temps, à un relèvement des salaires. A l'approche des élections fédérales de septembre 2013, cette mesure populaire a l'avantage de contribuer directement à la résorption des écarts de compétitivité creusés par l'Allemagne depuis le début des années 2000. Après dix ans de dérégulation sociale et de promotion des "mini-jobs" (emplois flexibles, subventionnés et mal payés), un salaire minimum à 8,50 euros de l'heure (contre 9,40 euros en France), comme le demandent les syndicats, concernerait près de 7 millions de personnes, soit près d'un emploi salarié sur cinq.

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Centrée sur les emplois à durée déterminée et à temps partiel (voir graphique), la croissance de l'emploi dans les années 2000 s'est accompagnée d'une montée des inégalités qui explique son impact limité sur la consommation. Entre 2002 et 2012, celle-ci n'a progressé que de 5 % outre-Rhin, contre 16 % en France. Conjuguée à la divergence des coûts salariaux, l'atonie de la consommation est à l'origine du gonflement de l'excédent courant, qui a culminé à 7,5 % du PIB en 2007 et atteignait encore 80 milliards d'euros au premier semestre 2012, soit 6 % du PIB. Neutre au plan budgétaire, une politique salariale plus volontariste aurait l'avantage de montrer un visage plus coopératif vis-à-vis de l'extérieur, tout en répondant aux attentes de la population.

L'appel du large

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A plus long terme, les espoirs placés dans une croissance allemande plus soutenue risquent cependant d'être déçus par l'évolution démographique du pays. La population est en déclin depuis le milieu des années 2000 (- 0,1 % par an, contre une progression annuelle de 0,6 % en France). Par ailleurs, elle compte déjà plus de 20 % de personnes âgées de 65 ans et plus (16,8 % en France).De ce fait, l'économie allemande ne peut tabler que sur une très hypothétique accélération de sa productivité pour espérer relever un taux de croissance potentielle estimé à 1,5 % par l'OCDE (contre 2 % en France et 3 % aux Etats-Unis). Florissantes, les entreprises allemandes préfèrent investir en Asie et en Amérique plutôt que développer leurs capacités sur place. Et les risques qui continuent de peser sur l'avenir de la zone euro ne sont pas de nature à les faire changer d'avis.


Bibliographie

  • "What Explains the German Labor Market Miracle in the Great Recession ?", par Michael Burda et Jennifer Hunt, NBER Working Paper n° 17 187, juin 2011.
  • "Focus Germany : Euro Crisis Tightening its Grip", Current Issues, Deutsche Bank, 24 août 2012 ( www.dbresearch.com ).
  • "Germany : 2012 Article IV Consultation", IMF Country Report n° 12/161, FMI, juillet 2012 ( www.imf.org/external/pubs/ft/scr/2012/cr12161.pdf ).
  • "OECD Economic Surveys. Germany : Overview", OCDE, février 2012 ( www.oecd.org/eco/49616833.pdf ).

Plan de l'article

  1. Rattrapée par la crise
  2. Des marges de manoeuvre budgétaires
  3. Une politique salariale plus efficace
  4. L'appel du large

© Altern. économiques, 2012

Pour citer cet article

Adda Jacques, « Comment l'économie allemande pourrait tirer l'Europe », Alternatives économiques, 11/2012 (N° 318), p. 70-70.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2012-11-page-70.htm


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