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Alternatives économiques

2012/12 (N° 319)


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Nous avons de l'or sous nos pieds et nous ne nous baissons même pas pour le ramasser. Telle est, peu ou prou, la pensée des partisans de l'exploitation des gaz de schiste. La plus grande partie de la presse économique et des milieux d'affaires mène sur ce sujet, depuis de longs mois, un lobbying forcené pour faire céder les résistances du pouvoir politique.

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A défaut de partager leur sentiment, on peut comprendre la tentation qui les habite. Il suffit de regarder ce qui se passe outre-atlantique pour se dire qu'une telle manne ne nous ferait pas de mal en ces temps de désindustrialisation accélérée : ces nouvelles ressources fossiles contribuent en effet de manière significative au redressement du secteur manufacturier américain en faisant baisser les coûts de production d'un certain nombre de filières industrielles. Mieux, elles sont en passe de hisser les Etats-Unis au rang de premier producteur mondial d'hydrocarbures. Inversement, quand on songe aux quelque 60 milliards d'euros que l'Hexagone dépense chaque année en importations énergétiques, on se prend à rêver de l'extraordinaire bouffée d'oxygène (si on ose dire) et de compétitivité que cet or noir domestique pourrait apporter à notre économie. Le Royaume-Uni de Margaret Thatcher avait connu son cadeau du ciel avec le Brent de mer du Nord, l'Europe en crise des années 2010 tiendrait le sien avec les gaz de schiste. Et nous nous entêterions à le refuser ?

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Pourtant François Hollande l'a redit : dans l'état actuel des technologies, pas question d'autoriser l'exploitation de ces richesses qui attendent sagement dans notre sous-sol depuis quelques millions d'années. En effet, la fracturation hydraulique pollue les nappes phréatiques, consomme de gigantesques quantités d'eau et dégage d'importants volumes de méthane dans l'atmosphère. Dans de telles conditions, l'exploitation de cette ressource serait un crime contre l'environnement. Mais François Hollande, qui s'entend à la nuance, l'a bien précisé : dans l'état actuel des technologies... Du coup, l'espoir renaît dans le camp des lobbyistes : laissons la porte ouverte et le progrès technologique aura bientôt raison de ces quelques inconvénients passagers.

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A supposer qu'il en soit ainsi, faudrait-il pour autant autoriser l'extraction des gaz de schiste ? Il y a lieu d'en douter. L'exploitation de ces ressources nous ferait retomber dans la dépendance aux énergies fossiles et retarderait d'autant la mise au point de modes de production et de consommation plus sobres, plus efficaces et plus respectueux à la fois de notre écosystème et de notre intérêt de long terme. Bref, elle différerait dangereusement notre rendez-vous avec la réalité. Car, tandis que chacun a l'oeil rivé sur les compteurs d'une conjoncture économique incontestablement préoccupante, le réchauffement climatique se poursuit et s'aggrave. Décidément, les gaz de schiste ont tout du cadeau empoisonné.


© Altern. économiques, 2012

Pour citer cet article

Pech Thierry, « Tentation », Alternatives économiques, 12/2012 (N° 319), p. 5-5.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2012-12-page-5.htm


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