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Alternatives économiques

2012/3 (N° 311)


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Un référendum sur le traitement du chômage, il fallait y penser. Solliciter l'arbitrage du peuple sur le sujet, une élection présidentielle n'y suffit donc pas : il faut commencer par demander leur avis aux citoyens sur l'opportunité de leur demander leur avis plus tard... Mais si cette proposition devait être retenue, elle serait aussi l'occasion de soumettre aux Français un véritable concentré de la pensée élyséenne en matière sociale. Ses principales composantes s'y trouvent en effet ramassées.

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Le moralisme d'abord Pourquoi vouloir contraindre les demandeurs d'emploi à accepter une formation et la première offre d'embauche correspondante ? Pour leur bien, explique le chef de l'Etat, parce qu'il y va de leur " dignité ". Selon lui, il est d'autant plus urgent de les préserver des humiliations de l'assistanat que beaucoup sont soupçonnés de s'y complaire. Du coup, tous ceux qui, capables de travailler, se déroberont à ces obligations seront exclus de la solidarité. Après la carotte du RSA activité, le bâton de la sanction. Et dans l'un comme dans l'autre cas, la même indifférence au fait que 99 % des demandeurs d'emploi ne demandent, comme leur nom l'indique, qu'à trouver un emploi.

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L'autoritarisme ensuite. Si l'on ne parvient pas à résoudre la question du chômage, suggère le chef de l'Etat, c'est parce qu'une société civile hostile au changement bloque les réformes et empêche la volonté populaire de se faire entendre. Qu'on lui donne enfin la parole et elle confiera à l'Etat le soin d'imposer ses vues. Et tant pis si le sujet relève du paritarisme. C'en sera fini alors des manoeuvres dilatoires de syndicats jugés non représentatifs. Ce déni de légitimité est étrange. Car si telle est la conviction présidentielle, pourquoi ne pas avoir abrogé la loi Larcher de 2007 qui fait obligation à l'Etat de laisser les partenaires sociaux se saisir préalablement de tous les sujets ayant trait au travail ? Et pourquoi avoir, en 2008, contribué à refonder la représentativité syndicale si c'est pour la fouler aux pieds à présent ?

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L'improvisation enfin. Si les chômeurs étaient mieux formés, explique le chef de l'Etat, il y aurait moins de chômage dans notre pays. C'est pourquoi il propose de concentrer l'effort de formation sur ceux qui n'ont pas de chances raisonnables de retrouver un emploi. Comment ? En redéployant les 18 milliards consacrés à la formation professionnelle des salariés sur celle des chômeurs, précise le Premier ministre en charge d'interpréter le verbe présidentiel. Le souci de l'exécutif pour cette question est en soi une bonne nouvelle. Beaucoup de chômeurs sont d'ailleurs demandeurs de formation et seul un inscrit sur dix à Pole emploi finit par obtenir satisfaction. Mais faire main basse sur ces 18 milliards, c'est déshabiller Pierre pour habiller Paul : 25 millions de salariés se verraient ainsi privés de ressources pour se former et seraient donc d'autant moins armés pour se replacer sur le marché du travail en cas d'accident de parcours... Quel est donc le bénéfice de tout cela ? Il risque bien de n'être même pas électoral.


© Altern. économiques, 2012

Pour citer cet article

Pech Thierry, « Pensées élyséennes », Alternatives économiques, 3/2012 (N° 311), p. 5-5.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2012-3-page-5.htm


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