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Alternatives économiques

2012/4 (N° 312)


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Taxer les revenus à un taux de 75 % au-dessus d'un million d'euros par an, est-ce bien raisonnable ? La proposition de François Hollande aura fait pousser quelques hauts cris ces dernières semaines. Elle ne concerne pourtant que les 30 000 foyers qui encaissent chaque mois plus de 50 fois le salaire médian. Une infime minorité, en somme, que l'on peine à regarder comme des victimes.

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Mais justement, répondent les adversaires de ce projet, les riches étant peu nombreux, même en leur prenant beaucoup, cela ne rapporterait pas grand-chose. Le jeu en vaut d'autant moins la chandelle, ajoutent-ils, que ces grasses rémunérations sont aussi un facteur de motivation pour les intéressés : qu'on les prive de ce surplus de richesse et ils cesseront instantanément de produire, d'investir, d'innover... A moins, bien sûr, qu'ils ne fassent tout simplement leurs valises pour gagner des climats plus hospitaliers. Bref, dans tous les cas, la société n'y gagnerait presque rien et elle y perdrait beaucoup.

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Il est certain que, concentré sur une si petite population, même un impôt totalement confiscatoire serait d'un piètre rapport. Mais celui-ci pourrait avoir une autre forme d'efficacité : dissuader les individus concernés de rechercher des rémunérations aussi exorbitantes. A quoi bon se fatiguer à gagner plus, si c'est pour remettre les trois quarts de ses gains à l'Etat ? Un tel niveau de prélèvement tend de facto à plafonner les revenus. Ce qui serait une bonne chose : l'argent qui n'irait plus dans ces poches déjà pleines à craquer trouverait certainement bien meilleur usage ailleurs.

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Faut-il craindre, ce faisant, de décourager l'ardeur entrepreneuriale des plus fortunés ? Outre que nombre d'entrepreneurs gagnent en réalité beaucoup moins, rien ne permet d'affirmer que la motivation des cadres dirigeants de grandes entreprises ou des avocats d'affaires décroîtrait brutalement en dessous de 85 000 euros par mois, et qu'ils en perdraient l'envie de se lever tôt. Les infirmières et les policiers le font pour beaucoup moins que ça.

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Reste le risque de voir des cohortes de millionnaires prendre le chemin de l'exil. Cette crainte, qui taraudait déjà le gouvernement Sarkozy en 2007 au moment où il mettait en place son fameux " bouclier fiscal ", ne semble pourtant pas fondée. C'est ce que suggèrent les chiffres disponibles au sujet de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), véritable repoussoir aux yeux de la majorité actuelle : en réalité, moins de 0,2 % des assujettis à l'ISF ont quitté le territoire ces dernières années. Ou, si l'on préfère, plus de 99,8 % d'entre eux ont préféré rester prisonniers des griffes du fisc hexagonal.

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Mais même en imaginant qu'un tel taux d'imposition soit non seulement inefficace mais de nature à faire fuir les plus fortunés, faudrait-il pour autant y renoncer ? Pour ceux qui pensent que la morale ne nuit ni à la politique ni à l'économie et que l'égalité reste la boussole de nos démocraties, la réponse est non.


© Altern. économiques, 2012

Pour citer cet article

Pech Thierry, « Le million », Alternatives économiques 4/2012 (N° 312) , p. 5-5
URL : www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2012-4-page-5.htm.


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