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Alternatives économiques

2012/4 (N° 312)


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La politique de lutte contre la pauvreté a été l'un des échecs les plus cuisants du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Alors qu'il s'était engagé à " réduire d'un tiers la pauvreté en cinq ans ", le taux de pauvreté monétaire  [1][1] Pour un seuil de pauvreté fixé à 60 % du revenu mé... est passé de 13,4 % à 13,5 % de la population entre 2007 et 2009. On ne dispose pas de chiffres plus récents, mais tout laisse penser que la situation s'est encore aggravée depuis.

Lutte contre la pauvreté : ce qu'ils proposent

Eva Joly

  • Revaloriser les minima sociaux de 50 % en cinq ans

Nicolas Sarkozy

  • Contraindre les allocataires du RSA n'ayant pas d'activité à assurer sept heures de travaux d'intérêt général par semaine, rémunérées au Smic

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Etonnamment pourtant, la lutte contre la pauvreté n'est pas un thème de campagne majeur en 2012. Ou plus exactement, les débats semblent consacrer silencieusement une opposition entre deux types de pauvres : d'un côté, ceux qui travaillent et dont la condition suscite l'intérêt et la compassion ; de l'autre, ceux qui ne travaillent pas et que beaucoup, à droite notamment, soupçonnent de se complaire dans l'assistanat.

Attentifs aux travailleurs pauvres

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De fait, les propositions des candidats se concentrent surtout sur les premiers. Nicolas Sarkozy propose ainsi de supprimer la prime pour l'emploi (PPE), un crédit d'impôt d'un montant maximal d'environ 850 euros qui avait été instauré par le gouvernement Jospin pour compléter le revenu des travailleurs gagnant entre 0,3 et 1,4 fois le Smic mensuel. Il propose de la remplacer par une prime d'environ 1 000 euros par an versée aux travailleurs touchant entre 1 et 1,3 fois le Smic mensuel. Ce qui exclurait la plupart des travailleurs à temps partiel, pourtant les moins bien lotis !

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Parallèlement, le candidat Sarkozy n'évoque pas l'idée d'augmenter le montant du revenu de solidarité active (RSA) " activité ", versé comme un complément de revenus aux travailleurs modestes. Il est pourtant aujourd'hui largement insuffisant pour permettre aux ménages concernés de sortir de la pauvreté.

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La plupart des travailleurs pauvres le sont parce qu'ils ont des emplois à temps très partiels ou des emplois temporaires entrecoupés de périodes de chômage. Un certain nombre de candidats souhaitent donc s'attaquer à la précarité des emplois. François Hollande envisage ainsi une augmentation des taux de cotisation à l'assurance chômage pour les entreprises qui abusent de contrats précaires. De même, Jean-Luc Mélenchon souhaite imposer un quota maximal de contrats d'intérim et de contrats à durée déterminée, fixé à 5 % des effectifs dans les grandes entreprises et à 10 % dans les PME. Il prône également un droit automatique de passage à temps plein pour les salariés à temps partiel.

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La hausse du Smic est également envisagée par plusieurs candidats : il passerait à 1 600 euros nets pour un emploi à temps plein chez Nathalie Arthaud et Philippe Poutou (soit environ 13,30 euros bruts de l'heure, contre 9,19 aujourd'hui), et même à 1 700 euros bruts mensuels chez Jean-Luc Mélenchon (soit environ 11,20 euros bruts de l'heure. Marine Le Pen parle, quant à elle, d'une hausse de 200 euros nets sur tous les salaires allant jusqu'à 1,4 fois le Smic.

Laissés pour compte

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Quant aux pauvres qui ne travaillent pas, les candidats s'y intéressent beaucoup moins. Comme s'ils craignaient de se voir reprocher d'encourager l'assistanat, ceux de gauche restent assez discrets sur le sujet. A l'exception notable d'Eva Joly, qui prône une revalorisation de 50 % en cinq ans de tous les minima sociaux, pour un coût de 9 milliards d'euros sur l'ensemble de la législature. Une idée certes coûteuse, mais cohérente avec le fait que le montant maximal du RSA socle (ex-RMI) atteint aujourd'hui à peine la moitié du seuil de pauvreté.

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Nicolas Sarkozy, lui, cautionne le procès de l'assistanat. Fidèle à sa politique de stigmatisation des pauvres et des " chômeurs volontaires ", il veut contraindre les allocataires du RSA n'ayant pas d'activité à assurer sept heures de travaux d'intérêt général par semaine, rémunérées au Smic horaire. Non seulement cette proposition de postes à un cinquième de temps plein ne correspond pas à une norme minimale d'emploi de qualité. Mais on attend surtout de voir si l'Etat et les collectivités locales seront en mesure de proposer de tels contrats aux 1,1 million d'allocataires actuels du RSA n'ayant pas d'emploi.


Bibliographie

  • " Lutter contre les inégalités pour combattre la pauvreté ", par Didier Gelot, dans Alternatives Economiques Poche n° 55, " Spécial élections 2012 ". Disponible dans nos archives en ligne.

Notes

[1]

Pour un seuil de pauvreté fixé à 60 % du revenu médian.

Plan de l'article

  1. Attentifs aux travailleurs pauvres
  2. Laissés pour compte

© Altern. économiques, 2012

Pour citer cet article

Dorival Camille, « Lutte contre la pauvreté : bons et mauvais pauvres », Alternatives économiques, 4/2012 (N° 312), p. 60-60.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2012-4-page-60.htm


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