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Alternatives économiques

2012/5 (N° 313)


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Les résultats du premier tour de l'élection présidentielle sont riches d'enseignements pour l'avenir. Sans grande surprise, le président sortant a été sanctionné et son principal rival crédité d'un score historiquement élevé pour un candidat socialiste, plaçant la gauche en situation de l'emporter au second tour pour la première fois depuis 1988. De manière moins attendue, la bataille pour la troisième place a largement tourné à l'avantage de Marine Le Pen qui, avec près de 18 % des suffrages, fait mieux que son père en 2002. C'est objectivement la plus mauvaise nouvelle de ce scrutin.

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Ce résultat n'a pourtant rien de très original. C'est d'abord celui d'une campagne qui s'est déroulée à l'ombre d'une crise économique sans précédent depuis longtemps. Et, ici comme ailleurs en Europe depuis quatre ans, elle pousse des citoyens éprouvés par ses conséquences sociales à " sortir les sortants " en même temps qu'elle gonfle les voiles de l'extrême droite. Une extrême droite d'autant plus dangereuse qu'elle s'est remarquablement adaptée à la tempête.

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Marine Le Pen en fournit un cas d'école. Non seulement parce qu'elle aurait dissipé l'image d'un parti longtemps marqué par des relents d'antisémitisme, de vichysme et d'intégrisme catholique, comme on l'entend beaucoup, mais surtout parce qu'elle a pris ses distances avec le libéralisme reaganien de son père, lui substituant un discours de protection nationaliste, violemment antieuropéen et teinté de sollicitude à l'endroit des plus faibles. Ce cocktail " national-social " ne l'empêche pas d'exploiter ses vieux fonds de commerce (immigration, insécurité...). Mais il lui donne une force de pénétration renouvelée dans les franges des catégories populaires les plus exposées aux conséquences de la crise.

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Comme devrait nous le rappeler l'expérience des années 1930, cette recette idéologique est infiniment plus redoutable que la précédente. D'abord, parce qu'en suggérant une forme de normalisation de l'extrême droite, elle répand la confusion autour d'elle. C'est ainsi que de nombreux médias jettent les votes Mélenchon et Le Pen dans un même sac " populiste " alors que tout les oppose sur la République, l'Europe, la place de l'écologie, l'immigration... Ensuite, parce qu'elle risque d'emporter la droite républicaine toujours plus loin de ses bases : faute d'avoir su gérer correctement le pays ces cinq dernières années, faute d'y avoir entretenu suffisamment de justice, la droite de gouvernement vient aujourd'hui chercher les électeurs qui lui manquent sur les terres du Front national et ne recule devant aucune compromission pour les lui disputer. Enfin, parce qu'elle ne laisse pas de marge d'erreur à une éventuelle majorité d'alternance. Tout échec risquerait en effet de se payer au prix fort lors des prochaines échéances électorales face à une droite encore plus radicalisée qu'aujourd'hui. Autrement dit, s'il est élu le 6 mai prochain, la charge qui incombera à François Hollande et à ses partenaires sera colossale.


© Altern. économiques, 2012

Pour citer cet article

Pech Thierry, « Confusion », Alternatives économiques, 5/2012 (N° 313), p. 5-5.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2012-5-page-5.htm


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