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Alternatives économiques

2013/10 (N° 328)


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Angela Merkel a donc été réélue le mois dernier. Comme prévu, et même mieux que prévu. Une première dans une Europe en crise où, depuis quatre ans, les sortants ont systématiquement été sortis, et ce parfois sous les huées. Pour autant, la chancelière aurait tort de se reposer sur ses lauriers car la suite du film pourrait être beaucoup moins rose qu'on ne l'imagine.

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Sur le front européen, tout d'abord. La crise est loin d'être finie. Le niveau du chômage et des dégâts sociaux en attestent un peu partout. Or, les écarts de compétitivité qui minent l'union monétaire ne pourront être réduits et les déficits peu à peu comblés que si l'Allemagne réapprend à consommer et à dépenser. Ce faisant, elle soutiendra l'économie de ses voisins qui en ont tant besoin et le pays reviendra du même coup à une politique économique plus coopérative, après avoir si longtemps joué la carte du dumping salarial.

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Comment faire ? L'équation est relativement simple : relancer l'investissement public qui est tombé en déshérence ces dernières années et mettre en place des salaires minimums dans les secteurs où s'est développé un prolétariat de services qui voisine désormais avec la misère la plus sombre. Deux thèmes qui, pour d'autres raisons, ont traversé toute la campagne électorale outre-Rhin.

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Mais la résorption de la crise européenne exige aussi que soient poursuivis les efforts de solidarité et de consolidation institutionnelle entrepris vaille que vaille depuis trois ans. Sur le front de la solidarité, une partie de l'électorat allemand va prochainement devoir avaler la pilule d'un nouveau plan d'aide à la Grèce. Et sur le front de la consolidation institutionnelle, Angela Merkel va devoir cesser de tergiverser sur la question de l'union bancaire. Car c'est à ce prix que s'éloigneront un peu plus les risques de rechute dans la spirale infernale d'une crise souveraine.

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Mais l'Europe a surtout besoin d'une Allemagne durablement en bonne santé. Or, nos voisins risquent de découvrir peu à peu que leur pays a tout d'un colosse aux pieds d'argile. Certes, ses excédents commerciaux sont impressionnants. Certes, il a vaincu pour le moment ses déficits publics. Certes, son chômage est à un niveau historiquement bas. Mais le ralentissement de l'activité dans les pays émergents et leur recentrage progressif sur leur marché intérieur pourrait coûter de nombreux débouchés à une Allemagne qui a fondé son développement sur l'exportation. Et, surtout, nos voisins d'outre-Rhin sont désormais entrés dans un hiver démographique sans précédent, dont les conséquences structurelles ne tarderont plus à se faire sentir à la fois sur le niveau de l'activité et sur l'équilibre des comptes sociaux.

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Ce retournement de fortune ne serait pas une bonne nouvelle pour l'Europe. Espérons que la nouvelle chancelière en a pleinement conscience et qu'elle saura mettre en place les politiques propres à l'éviter. Quand bien même ces politiques ne seraient pas celles qu'attend la frange la plus conservatrice de son électorat.


© Altern. économiques, 2013

Pour citer cet article

Pech Thierry, « Pieds d'argile », Alternatives économiques, 10/2013 (N° 328), p. 5-5.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2013-10-page-5.htm


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