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Alternatives économiques

2013/12 (N° 330)


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Conformisme

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Lors de la conférence de Bretton Woods en 1944, Keynes défendit - sans succès - l'idée qu'il fallait sanctionner les Etats ayant des excédents excessifs au même titre que ceux connaissant des déficits excessifs, afin d'éviter qu'ils plombent l'activité globale en entretenant une demande intérieure insuffisante. C'est en vertu de ce principe, caché dans un recoin des règles de la zone euro, que la Commission vient d'engager une procédure contre l'Allemagne, dont les excédents dépassent 6 % du PIB . Bonne nouvelle, car il est temps que notre voisin développe sa demande intérieure, en commençant par instaurer un salaire minimum. Mais cela ne suffira pas. Ce que François Hollande n'a pas su, voulu ou pu obtenir après son élection demeure plus que jamais nécessaire : il faut relancer l'activité au niveau européen. S'il faut réduire les écarts de compétitivité, c'est par le haut et non en poursuivant une politique qui nous conduit tout droit à la déflation.

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Dans ce contexte, on peut s'inquiéter de l'emprise sur les esprits d'une vision punitive de l'économie, présentant comme une priorité l'ajustement dans le cadre national. Un récent éditorial du journal Le Monde, suite à la dégradation de la note française par Standard and Poor's, expliquait ainsi que la France devait résoudre son "problème de compétitivité" en s'attaquant aux "faiblesses structurelles" handicapant "sa croissance potentielle", à commencer par un "coût du travail trop élevé". L'absence de gouvernance politique de la zone euro laisse peu de perspectives. Ce n'est pas une raison pour renoncer à la dénoncer. Sauf à ouvrir un boulevard à l'extrême droite.

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Réfrigérateur

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La loi sur l'économie sociale et solidaire (ESS) a été votée par le Sénat et devrait passer devant l'Assemblée nationale en... avril. Une disposition provoque l'ire des milieux patronaux : afin de favoriser les reprises d'entreprise par les salariés, la loi leur accorde un droit d'information avant toute cession. Rien de bien méchant a priori puisqu'une cession réussie ne peut se faire contre les salariés. Sauf à vendre son fichier clients à un concurrent prêt à licencier tout ou partie du personnel. La Confédération des Scop défendrait assez mollement cette nouvelle règle. Par souci de ne pas fâcher le patronat ? C'est dommage, car cette règle associe, de facto, toutes les parties prenantes dans un moment crucial de la vie des entreprises.

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Pour autant, la loi Hamon, si elle est un jour mise en oeuvre, ne va pas susciter des milliers de reprises d'entreprise par leurs salariés. Certes, la "Scop d'amorçage", créée par le texte, facilitera la chose en permettant aux salariés de ne mettre sur la table que 30 % de la valeur de leur boîte, dans un premier temps. Reste qu'une reprise est toujours une aventure complexe, qui suppose une grande solidarité des salariés, l'émergence d'une vraie équipe de direction et l'acceptation par tous de risques économiques bien réels. Autant de conditions difficiles à réunir.

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Enfin, une fois constituée, une entreprise coopérative n'échappe pas aux contraintes du marché. En témoigne le dépôt de bilan du géant des "produits blancs" Fagor, une des principales entités du groupe coopératif basque Mondragon, un dépôt de bilan qui menace 1 800 emplois en France. Un exemple à méditer par tous ceux qui vantent la résilience des entreprises de l'ESS. Celle-ci tient en partie à leur statut, certes, mais elle s'explique aussi par la nature des activités où l'ESS prospère, moins exposées.

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Ostentation

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La morosité ambiante ne doit pas nous faire oublier qu'il y a encore quelques bonnes nouvelles : le marché de l'art se porte bien. Sotheby's, la filiale de ventes aux enchères de Kering (ex-PPR), le holding de François Pinault, vient de réaliser des ventes records à New York. Ces résultats nous disent peu de la qualité des oeuvres échangées et beaucoup du niveau des inégalités à l'échelle mondiale. Les oeuvres d'art, à la différence de la musique ou de la littérature, aisément reproductibles, sont par nature des biens "vebleniens [1]  Du nom de l'économiste américain Thorstein Veblen. [1] ", du fait de leur caractère unique qui permet à leur propriétaire d'affirmer son statut social. La cote est aujourd'hui portée par la multiplication des milliardaires, qui affichent ainsi leur réussite tout en diversifiant leurs actifs. D'où une bulle qui évince les musées du marché, même si, au final, les donations en paiement des droits de succession viendront enrichir leurs collections.

Notes

[1]

Du nom de l'économiste américain Thorstein Veblen.


© Altern. économiques, 2013

Pour citer cet article

Frémeaux Philippe, « Le bloc-notes de décembre 2013 », Alternatives économiques, 12/2013 (N° 330), p. 98-98.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2013-12-page-98.htm


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