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Alternatives économiques

2013/4 (N° 323)


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Malgré une croissance atone, il est possible d'améliorer le bien-être de la population. Pour cela, il faut apprendre à partager : le travail, les revenus, les biens...

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En France, on court après la croissance depuis quarante ans. Sans elle, pas de promesse qui tienne. Le retour au plein-emploi ? Bien sûr... à condition que la croissance soit au rendez-vous. Le pouvoir d'achat ? La croissance, toujours. L'équilibre des comptes publics ? Encore la croissance... Et pour cause, une croissance vigoureuse serait le moyen le plus simple pour atteindre tous ces objectifs.

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Mais n'y comptons pas trop. Quand bien même la zone euro renoncerait à l'austérité à marche forcée qui la maintient en récession, ses perspectives économiques demeureraient maussades. Il est certes délicat de faire la part, dans un taux de croissance, de ce qui relève de l'impulsion des politiques économiques et de facteurs structurels. A moyen-long terme cependant, ce sont les facteurs de production - autrement dit, l'évolution du nombre de personnes au travail et les progrès de leur productivité - qui déterminent la croissance. Le premier est soumis à la démographie, même si la variation du taux de participation ou la durée du travail peuvent jouer. Mais c'est surtout dans le progrès de la productivité que résident les gisements de croissance. Or, les gains de productivité ne cessent de diminuer en Europe : ils n'étaient plus que de 0,6 % par an sur la décennie 2000-2012, contre 2,8 % dans les années 1970 . Au total, Patrick Artus, économiste en chef de Natixis, estime à 0,7 % la croissance annuelle potentielle moyenne de l'économie française pour 2012-2020...

Partage et efficacité

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Alors que faire ? Plutôt que d'attendre comme le messie le retour d'une croissance plus hypothétique que jamais, il faut explorer de nouvelles pistes. La panne de croissance pose directement trois problèmes majeurs. Le premier est celui du pouvoir d'achat. La stagnation des revenus est d'autant plus durement ressentie par les ménages les plus modestes que les dépenses contraintes ou préengagées, au premier rang desquelles le logement, ne cessent d'augmenter. Or, il est possible d'agir pour maîtriser les dépenses de logement, de chauffage, de transports et même de nombreuses dépenses courantes, ce qui dégagerait des ressources importantes pour les ménages, même sans croissance des revenus. Un ensemble de pistes que ce dossier explore.

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Le deuxième problème est celui de l'emploi : l'OFCE estime à 1,5 % le taux de croissance annuel au-delà duquel l'économie française crée plus d'emplois qu'elle n'en détruit. Un taux qui pourrait n'être dépassé, selon les dernières projections du Fonds monétaire international (FMI), qu'en 2016 ! Peut-on abaisser ce taux et comment s'y prendre ? Le partage du travail s'impose comme la seule solution pour éviter une hausse mécanique du chômage, mais encore faut-il en préciser les modalités.

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Enfin, le troisième problème est celui de l'équilibre des comptes publics. Au-delà de la question du rythme du rééquilibrage, une croissance durablement plus basse limite les recettes fiscales et impose donc une modération parallèle des dépenses. Elle pose avec une acuité particulière la question de l'efficacité de l'action publique. A cet égard, des marges de progression existent, sans abandonner les plus fragiles ni hypothéquer l'avenir. La sobriété bien pensée peut même être synonyme de mieux-être, comme l'illustre le cas des politiques de santé.

Vers un nouveau modèle

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Plus profondément, favoriser une prospérité sans croissance, pour reprendre l'expression de Tim Jackson (voir notre entretien ci-dessous), implique un triple changement : de nos modes de production, pour les rendre à la fois plus économes en matières premières et plus inclusifs en travail ; des modalités de répartition du revenu, tant il est vrai qu'une moindre croissance n'est supportable socialement que si elle s'accompagne de moins d'inégalités ; et, enfin, de nos modes de consommation, l'accumulation individuelle de biens devant céder la place à une réhabilitation de leur valeur d'usage.

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On entend d'ici les mises en garde des aficionados du salut par la croissance : vous allez affaiblir encore la productivité du travail, décourager l'initiative, déprimer la consommation et finalement compromettre nos chances de retour de la prospérité. Pas si sûr ! Moins de laissés-pour-compte sur le marché du travail, moins de dépenses improductives, ce sont aussi plus de ressources susceptibles d'orienter l'économie vers un nouveau modèle finalement plus efficace et moins toxique . Et, qui sait s'il ne pourrait, au bout du compte, susciter la croissance... du bien-être.

Plan de l'article

  1. Partage et efficacité
  2. Vers un nouveau modèle

© Altern. économiques, 2013

Pour citer cet article

Moatti Sandra, « Faire de nécessité vertu », Alternatives économiques, 4/2013 (N° 323), p. 54-54.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2013-4-page-54.htm


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