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Alternatives économiques

2013/5 (N° 324)


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Le plan de moralisation de la vie publique mis en place au lendemain de l'affaire Cahuzac a déchaîné les passions. Les mêmes qui s'étaient légitimement étranglés d'indignation lors des aveux de l'ancien ministre du Budget se sont trouvés plus embarrassés devant la perspective de devoir faire connaître leur propre patrimoine. Souhaitable dans tous les actes de la vie publique, la transparence devrait, pensent-ils, s'arrêter aux portes de la vie privée. L'excès de zèle du gouvernement, après son excès de négligence, risque selon eux d'attirer la vindicte sur d'irréprochables élus dont la seule faute serait d'être plus riches que la moyenne de leurs concitoyens. Bref, cet effort de moralisation pourrait allumer un nouveau bûcher des vanités qui, loin de purifier l'air de la cité, le rendrait plus irrespirable encore.

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Il y a pourtant de solides arguments en faveur d'un supplément de transparence. Le premier est que les électeurs peuvent légitimement se demander si ceux à qui ils confient le pouvoir ne sont pas les représentants d'autres intérêts que les leurs. Et le meilleur moyen de dissiper ce soupçon est encore d'exiger des intéressés qu'ils fassent la lumière sur leur patrimoine et leurs revenus. Certes, les déclarations n'engagent que ceux qui les écoutent et l'histoire a montré que certains, la main sur le coeur, sont prêts à toutes les professions de vertu. Mais enfin, la vie publique est aussi faite de confiance et il importe de la gager sur des paroles et des documents explicites, fournissant la base d'éventuels contrôles.

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Le second argument est que de nombreuses démocraties imposent déjà de telles contraintes à leurs élus et responsables. Or, on n'a pas constaté qu'un élan soudain de puritanisme y ait exclu du suffrage les candidats fortunés et transformé la classe politique en un clergé d'âmes frugales et désintéressées. D'ailleurs, l'objet de la transparence n'est pas tant de créer les conditions de la pureté que d'obliger tout le monde à jouer cartes sur table.

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Mais on touche là en même temps les limites de ces opérations "mains propres". Les expériences étrangères ont en effet montré qu'elles ne sont pas toujours de nature à protéger le forum démocratique de tous les conflits d'intérêts. La vie politique américaine est ainsi saturée de règles de transparence et cependant largement infiltrée par les intérêts de la finance, du pétrole, du complexe militaro-industriel ou encore de l'industrie pharmaceutique...

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Un effort de moralisation est donc certainement souhaitable en France, mais il ne saurait être vendu comme une panacée. D'autant qu'il ne suffit évidemment pas de moraliser la seule vie publique. On ne voit ni pourquoi ni comment celle-ci pourrait être un sanctuaire d'exemplarité au milieu d'un monde qui ne le serait pas. Les débats actuels sur l'étendue de la fraude fiscale et les moyens d'y remédier soulignent à loisir que le ver n'est pas que dans le fruit de la politique. Et l'on n'attend pas seulement d'elle qu'elle soit indemne de ces maux, mais qu'elle lutte efficacement contre eux. L'affaire Cahuzac porte précisément ce double enseignement.


© Altern. économiques, 2013

Pour citer cet article

Pech Thierry, « Affaires », Alternatives économiques, 5/2013 (N° 324), p. 5-5.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2013-5-page-5.htm


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