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Alternatives économiques

2013/6 (N° 325)


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Il faut que tout change pour que rien ne change.” Les responsables européens pourraient méditer la célèbre maxime du Guépard de Lampedusa. En effet, beaucoup a changé ces dernières semaines en Europe. Et pourtant, comme dans la Sicile aristocratique et vieillissante du prince de Salina, rien ne semble de nature à bousculer l'ordonnancement habituel des discours, des protocoles et des croyances.

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Un coup de frein a enfin été imposé à la folle course à l'austérité de ces dernières années. Et pas seulement sous la pression d'une Grèce exsangue, d'une Espagne à genoux ou d'une Italie menacée d'instabilité politique. Même les Pays-Bas, hier encore défenseurs zélés de l'orthodoxie, ont jeté l'éponge et demandé une trêve. Quant à la France, à la surprise générale, elle a obtenu deux ans de délai, le double de ce qu'elle demandait. Par ailleurs, sur le front de la politique monétaire, la Banque centrale européenne (BCE), par la voix de son patron, Mario Draghi, a décidé de baisser son taux directeur. A quoi il faut ajouter que les salaires sont à la hausse en Allemagne - notamment et surtout dans l'industrie.

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Toutes ces décisions ne font bien sûr pas une relance. Et elles ne suffiront pas, loin s'en faut, à mettre un terme à la crise. Mais elles marquent une inflexion sensible de la politique économique, sinon un tournant. Et pourtant, on a beau tendre l'oreille, surveiller les déclarations des uns et des autres, c'est comme s'il était interdit de le dire. Chacun est droit dans ses bottes. La chancelière en campagne n'a pas cligné de l’œil, se permettant même d'exprimer quelques réserves sur la politique de la BCE. A Paris, le chef de l'Etat jure ses grands dieux qu'il garde et gardera son cap. Pour la Commission européenne non plus, rien ne bouge : Olli Rehn, le très perspicace commissaire européen aux Affaires économiques, qui avait assuré la promotion des travaux de Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff avant qu'ils ne soient mis en pièces par quelques étudiants rigoureux , se contente d'expliquer qu'il faut poursuivre et intensifier les réformes structurelles.

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Bref, ceux qui attendaient un geste d'autocritique ou même le commencement d'un aveu en seront pour leurs frais. Comme celle du pape, l'infaillibilité des responsables européens ne supporte aucune exception. Il ne fait pourtant plus aucun doute que tout ce petit monde a fort mal géré la crise. Et qu'il serait grand temps de venir devant l'opinion lui expliquer ce qu'on fait et où l'on va.

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De ce point de vue, une fois n'est pas coutume, François Hollande, après Enrico Letta à Rome, a au moins pris l'initiative d'une ouverture lors de sa conférence de presse du 16 mai dernier : il a proposé un nouvel effort d'intégration européenne et tendu la main à l'Allemagne. Il y aurait beaucoup à dire sur les propositions du chef de l’État : un peu réchauffées, sans doute, et finalement pas aussi audacieuses qu'on a bien voulu le dire. Mais, outre qu'elles ont le mérite d'exister, elles situent le débat sur le bon terrain : celui du compromis entre solidarité et responsabilité. C'est ce compromis-là que les Européens devront préciser dans les mois qui viennent.


© Altern. économiques, 2013

Pour citer cet article

Pech Thierry, « Infaillibles », Alternatives économiques, 6/2013 (N° 325), p. 5-5.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2013-6-page-5.htm


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