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Alternatives économiques

2013/7 (N° 326)


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A la surprise générale, les dernières grandes mobilisations sociales n'ont pas surgi d'une Europe assommée par la crise, mais de cette partie du monde sur laquelle le développement économique était censé répandre durablement la bonne humeur et l'optimisme : les pays émergents. En moins d'un mois, les manifestants de la place Taksim à Istanbul suivis par ceux de São Paulo ou de Rio au Brésil ont pris notre imaginaire de la prospérité à revers. Les arbres du parc Gezi, d'un côté, le prix des transports en commun, de l'autre, ont jeté plus de monde dans les rues en quelques jours que les appels répétés des syndicats contre l'austérité sur le Vieux Continent en plusieurs années...

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Ces événements confirment une étrange jurisprudence de l'histoire sociale : en général, ce n'est pas quand ça va mal que surviennent les mouvements les plus puissants, mais plutôt quand ça va bien. En proie à un chômage record, l'Europe a certes connu le mouvement des indignés espagnols et des manifestations récurrentes à Athènes ou à Lisbonne ces dernières années. Mais l'énergie semble en être retombée depuis, sans doute faute d'avoir trouvé un débouché politique crédible. Du coup, c'est malheureusement le pessimisme, voire le repli sur soi, qui l'emportent pour le moment côté européen.

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Rien à voir avec les foules brésiliennes et turques. Quoique les contextes politiques et les revendications diffèrent, ces mouvements ont pour point commun d'être tirés par ces nouvelles classes moyennes qui ont vu leur nombre et leurs attentes gonfler au cours du boom économique de la dernière décennie. Mais c'est précisément parce que de telles phases d'expansion modifient en profondeur la structure sociale qu'elles peuvent déboucher sur d'importantes crises.

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Car ces nouvelles classes moyennes ne veulent pas seulement travailler et consommer davantage. Elles aspirent également à un autre mode de vie et cultivent des valeurs qui bousculent les hiérarchies établies. Dans les deux cas, d'ailleurs, ces attentes se cristallisent sur la ville, qui est à la fois le théâtre de leur affirmation politique et l'espace qu'elles veulent rendre plus vivable et plus humain. En défendant les derniers espaces verts d'Istanbul contre les appétits immobiliers du gouvernement, comme en réclamant des services publics (transports, écoles, hôpitaux...) plus nombreux et moins chers dans les métropoles congestionnées du Brésil, ce sont plus largement les priorités et les méthodes du pouvoir qu'elles contestent. L'autoritarisme et l'intolérance culturelle de conservateurs mercantiles en Turquie ou le clientélisme à peine dissimulé d'une gauche brésilienne qui semble avoir avalé son acte de naissance.

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Au moment où les dirigeants de la planète s'inquiètent du ralentissement de la croissance dans les pays émergents, une question supplémentaire leur est adressée par ces nouveaux cortèges, une question qui n'aurait jamais dû sortir de leur écran radar : à quoi sert-il d'être plus riches si ce n'est pour faire le monde plus libre et la vie plus douce ?


© Altern. économiques, 2013

Pour citer cet article

Pech Thierry, « Istanbul-Rio », Alternatives économiques, 7/2013 (N° 326), p. 5-5.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2013-7-page-5.htm


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