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Alternatives économiques

2014/11 (N° 340)


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Incohérence

1

En décidant de limiter le montant des allocations familiales perçues par les familles les plus aisées, le gouvernement s'est offert une image "de gauche" tout en réduisant de 800 millions d'euros le coût de la politique familiale, en sus des économies déjà programmées. Plutôt que de restreindre le champ des "allocs", il aurait mieux valu cependant continuer de réduire le plafond du quotient familial. La poursuite de ce mouvement, engagé en 2012, va désormais se révéler très difficile, voire impossible politiquement : dès lors que l'universalité des "allocs" est remise en cause, les titulaires de revenus élevés - et ils sont nombreux parmi les éditorialistes en vogue - vont pousser des cris d'orfraie si l'on touche encore au quotient familial. Or, à choisir, il aurait été préférable de poursuivre dans cette voie.

2

Voyons pourquoi. Le bénéfice du quotient est proportionnel au revenu : plus on est riche, plus la réduction d'impôt est élevée, même si son plafonnement limite désormais cet effet. Le quotient s'applique dès le premier enfant et dure aussi longtemps qu'un enfant est à charge. A l'inverse, les "allocs" ne sont perçues qu'à compter du deuxième enfant et leur bénéfice s'éteint à l'âge de 20 ans. Autant dire que leur versement s'arrête à l'âge où les enfants coûtent le plus cher. En résumé : les enfants des familles pauvres n'ont qu'à travailler pendant que ceux des familles aisées font de longues études supérieures. Si l'on veut vraiment aider les enfants, tous les enfants, il aurait été préférable de supprimer progressivement le quotient afin de dégager les ressources nécessaires pour verser les "allocs" dès le premier enfant et leur substituer, à compter de l'âge de 18 ans, une allocation d'autonomie versée directement au jeune.

Dialogue

3

Les récentes déclarations du ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, en faveur d'une réforme de l'assurance chômage - huit jours exactement après l'entrée en vigueur de la dernière convention, négociée au printemps par le patronat et les syndicats de salariés - ont provoqué la fureur des syndicats signataires, à commencer par la CFDT et FO. Une intervention d'autant plus malvenue que l'heure n'est pas à faire des économies sur l'assurance chômage. Oui, elle coûte cher. Oui, elle est en déficit. Mais cela n'a rien d'étonnant quand le chômage s'accroît : l'assurance chômage a précisément pour objectif d'éviter aux chômeurs de tomber dans la pauvreté et de soutenir la demande, de manière contracyclique. Au fond, le gouvernement, faute de résultats côté reprise de l'activité, ressort les vieilles rengaines libérales : les chômeurs seraient désincités, les employeurs auraient peur d'embaucher... et il faudrait donc agir pour inciter les uns et rassurer les autres.

4

Ne nous y trompons pas : les centaines de milliers d'offres d'emploi qui ne trouveraient pas preneur, dont on nous rebat les oreilles, n'existent pas : une étude réalisée par Pôle emploi montre ainsi que, sur 100 offres apparemment insatisfaites, 95 ne peuvent être considérées comme telles, soit que le poste a finalement été pourvu en interne, soit que le projet d'embauche a été abandonné pour des raisons économiques, soit que l'employeur cherchait vraiment un mouton à cinq pattes.

Abondance

5

Ce qui est bien avec Jeremy Rifkin, c'est qu'il nous fait rêver. Et il est vrai qu'en ces temps où le pessimisme domine, où nombre de Français s'inquiètent de leur avenir au-delà de ce que leur présent devrait justifier, cela ne fait pas de mal. Reste à ne pas non plus minimiser les défis auxquels nous allons être confrontés. Certes, l'évolution technologique rend possible une production d'énergie décentralisée. Le potentiel des nouveaux outils - imprimante 3D, logiciels libres - laisse espérer un monde où de nombreux produits pourraient être fabriqués ou tout au moins réparés par chacun. De quoi marier économie soutenable et abondance, tout en réduisant la place du marché et les contraintes du travail.

6

Il ne faut pas oublier cependant, comme le rappelait récemment Philippe Bihouix [1][1] Les Echos du 14 octobre 2014., que tous ces équipements vertueux mobilisent, pour être produits, des matières premières elles-mêmes rares. Et que le meilleur moyen de lutter contre leur surutilisation demeure d'allonger la durée de vie des produits, d'imposer des normes permettant de les recycler intégralement et de substituer l'usage à la possession.

Notes

[1]

Les Echos du 14 octobre 2014.

Plan de l'article

  1. Incohérence
  2. Dialogue
  3. Abondance

© Altern. économiques, 2014

Pour citer cet article

Frémeaux Philippe, « le bloc-notes de novembre 2014 », Alternatives économiques, 11/2014 (N° 340), p. 114-114.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2014-11-page-114.htm


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