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Alternatives économiques

2014/11 (N° 340)


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Le spectre d'Ebola rôde désormais dans nos contrées. Tant que l'épidémie restait confinée en Sierra Leone, au Liberia ou en Guinée, l'émotion suscitée en Occident demeurait limitée. Et, corrélativement, la mobilisation pour aider ces pays très pauvres à maîtriser le fléau restait faible, les laissant se débrouiller dans un désarroi sans nom. Mais avec les premiers cas apparus en Espagne ou aux Etats-Unis, le branle-bas de combat est devenu général.

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Cette épidémie rappelle une leçon trop oubliée : si, au sein d'une collectivité humaine, on ne fait pas ce qu'il faut pour permettre aux pauvres d'avoir des conditions de vie décentes et pour les soigner, les riches risquent, eux aussi, de tomber plus souvent et plus gravement malades. Certes, partout dans le monde, riches et pauvres habitent rarement aux mêmes endroits, mais il leur arrive de se croiser. Ne serait-ce que parce que les pauvres travaillent généralement, d'une façon ou d'une autre, pour le compte des riches. Bref, la santé est ce que les économistes appellent un bien public qui nécessite une action publique forte pour être préservé.

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Or, dans ce cas précis, la situation en Afrique de l'Ouest a été aggravée par les politiques d'ajustement structurel si longtemps prônées par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Dans ces pays, elles ont affaibli les services publics, et notamment les services de santé. Lesquels souffrent également des politiques des pays riches qui, pour combler leur déficit en personnels spécialisés, cherchent à attirer médecins et infirmières d'Afrique. Sans oublier le contrecoup de la sévère cure d'austérité qu'a dû subir l'Organisation mondiale de la santé ces dernières années, au nom de l'idéologie ultralibérale.

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Nous en avons perdu la mémoire, mais nous avons nous aussi connu dans un passé qui n'est pas si ancien des épisodes de ce type. Le roman de Giono Le hussard sur le toit avait ainsi pour cadre une grave épidémie de choléra qui avait dévasté la Provence dans les années 1830. Et La peste de Camus se déroulait sur fond d'une épidémie qui avait touché Alger et Oran en 1945, dans ce qui était encore à l'époque "l'Algérie française". Ce n'est guère que pendant les Trente Glorieuses, avec le logement social, le tout-à-l'égout, les différentes formes de revenu minimum et, bien sûr, l'assurance maladie, que ces grandes épidémies avaient provisoirement disparu de notre paysage.

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Mais c'était compter sans la mondialisation et ses échanges croissants. Ce qui avait longtemps été vrai seulement au sein de sociétés localisées l'est devenu à l'échelle de la planète tout entière : si les riches des pays riches n'acceptent pas de payer pour que les pauvres des pays pauvres aient eux aussi des conditions de vie décentes et les moyens de se soigner, ils courent un risque sérieux de tomber malades. Après le Sras (syndrome respiratoire aigu sévère) en 2003, l'épidémie actuelle d'Ebola le confirme.

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Bref, comme on commence enfin à le mesurer aussi à propos du changement climatique, il est plus que temps de se rendre compte que nous sommes tous les habitants d'un seul et même village planétaire !


© Altern. économiques, 2014

Pour citer cet article

Duval Guillaume, « Ebola et nous », Alternatives économiques, 11/2014 (N° 340), p. 5-5.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2014-11-page-5.htm


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