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Alternatives économiques

2014/11 (N° 340)


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Avec son projet de budget 2015, le gouvernement ne devrait guère faire d'heureux. Après déjà trois ans d'austérité continue, il impose à quasiment tous les ministères une baisse de leurs dépenses encore plus marquée que les années précédentes. Et il soumet les fonctionnaires à une nouvelle perte de pouvoir d'achat. Pas de quoi mobiliser un appareil d'Etat déjà passablement sous tension pour se réformer et préparer l'avenir. Du côté des collectivités locales, le recul des transferts de l'Etat devrait avoir surtout un impact négatif sur l'investissement public, dont elles assurent l'essentiel. Quant à la Sécu, l'hôpital public, qui ne se portait déjà pas bien, va être soumis à une diète encore plus sévère, tandis que la médecine de ville, déjà peu prise en charge, va l'être encore moins.

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Les ménages, de leur côté, devraient acquitter davantage d'impôt sur le revenu l'an prochain, malgré la suppression de la première tranche d'imposition. Sans oublier les hausses de la TVA, des taxes sur les carburants et de la CSG. En contrepartie, ils recevront cependant moins de services et de prestations de la part de l'Etat et de la Sécurité sociale. Si au moins tous ces efforts servaient à réduire le déficit public, on pourrait le comprendre, mais ce ne sera même pas le cas. Il devrait rester quasiment inchangé et la dette publique continuera de s'envoler.

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Bien sûr, s'il en est ainsi, c'est qu'il y a quand même des gagnants à ce jeu : les entreprises verront leur impôt sur les bénéfices et leurs cotisations sociales diminuer de nouveau en 2015. Mais avec une demande aussi déprimée, il semble peu probable que cela suffise à les inciter à investir et à embaucher. En tout cas en France.

Changement de pied

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Mais c'est surtout vis-à-vis de l'extérieur, pour nos voisins européens, que l'effet de ce budget est désastreux. En arrivant au pouvoir, François Hollande n'avait eu de cesse d'essayer de les rassurer sur le sérieux des nouveaux dirigeants français. Il avait réaffirmé l'objectif de ramener les déficits à 3 % du produit intérieur brut (PIB) dès 2013 et ratifié sans barguigner le traité sur la stabilité la coordination et la gouvernance (TSCG), qu'il voulait auparavant renégocier.

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Deux ans plus tard, le changement de pied est complet. Son gouvernement abandonne le rétablissement des comptes publics au profit d'une politique de compétitivité (donc d'une politique nécessairement agressive vis-à-vis de nos voisins puisqu'il s'agit de leur reprendre des parts de marché) à coup de baisses massives d'impôts sur les entreprises. Avec à la clef la rupture des engagements pris par le pays et un bras d'honneur aux règles en vigueur dans la zone euro.

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S'il s'agissait d'enclencher une telle épreuve de force pour engager enfin l'Europe dans une politique de relance à la hauteur des problèmes qu'elle rencontre, le jeu pourrait en valoir la chandelle. Mais ce n'est même pas le cas : la France déclenche une crise européenne pour réclamer le droit d'entrer à son tour à grande échelle dans la course au moins-disant social, qui tire l'Europe vers le bas depuis déjà quatre ans. Surréaliste.

Plan de l'article

  1. Changement de pied

© Altern. économiques, 2014

Pour citer cet article

Duval Guillaume, « Budget : le bras de fer entre Paris et Bruxelles (introduction au dossier) », Alternatives économiques, 11/2014 (N° 340), p. 6-6.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2014-11-page-6.htm


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