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Alternatives économiques

2014/12 (N° 341)


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Un rapport conjoint des économistes Henrik Enderlein et Jean Pisani-Ferry, des propositions communes des ministres de l'Economie..., le "couple franco-allemand" est de retour. Au coeur de cette relance, un "deal" où l'Allemagne ferait quelques efforts supplémentaires pour soutenir sa demande intérieure, notamment en investissant dans des infrastructures dégradées, et se montrerait indulgente vis-à-vis du retard de la France à maîtriser ses déficits publics. En échange de quoi, Paris s'engagerait sur la voie des "réformes structurelles", le mot-valise utilisé en Europe pour signifier un recul de la protection sociale, la facilitation des licenciements et la baisse des salaires réels. A la base de ce deal, figure l'idée, partagée à Paris et à Berlin, que ce sont les réformes de ce type menées par le chancelier Gerhard Schröder au début des années 2000 qui ont permis à l'économie allemande de se redresser. Et que donc, si elle veut s'en sortir, la France doit à son tour suivre ce chemin. Il s'agit pourtant d'une croyance erronée et dangereuse.

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Les fameuses réformes Schröder ont fait de notre voisin un pays où désormais la pauvreté et les inégalités sont plus fortes qu'en France. En multipliant les petits boulots précaires hors conventions collectives, elles ont en particulier affaibli la négociation sociale, point fort traditionnel du modèle allemand. L'austérité appliquée aux dépenses publiques n'avait pas empêché la dette allemande d'exploser - Gerhard Schröder lui a ajouté 380 milliards d'euros - à cause de la stagnation qu'elle a provoquée. Mais elle a entraîné aussi une dégradation des infrastructures du fait d'un sous-investissement chronique qu'il faut aujourd'hui corriger. Pour autant l'économie allemande s'est indéniablement redressée depuis, ce qui explique pourquoi on tresse quand même des lauriers à Gerhard Schröder.

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Il y a cependant de bonnes raisons de penser que ce redressement s'est produit malgré Schröder plutôt que grâce à lui. L'Allemagne a bénéficié tout d'abord des avantages de court terme de son déclin démographique : moins de dépenses pour les jeunes et d'emplois à trouver pour eux et, surtout, pas de bulle immobilière. Elle a profité également de la réunification de l'Europe, en intégrant dans son système productif les pays à bas coût d'Europe centrale. Et de sa spécialisation - ancienne - dans les machines et les grosses berlines quand la demande des pays émergents - en particulier de la Chine - a explosé. Pas grand-chose à voir avec les réformes Schröder.

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De plus, si ces réformes n'ont pas eu à l'époque un impact plus négatif encore pour l'Allemagne et pour l'Europe, c'est uniquement parce que notre voisin était heureusement le seul à mener une telle politique. Si la France s'engage dans une démarche analogue aujourd'hui, ce ne sera pas le cas : suivre maintenant les pas de Gerhard Schröder, c'est, pour la France et l'Europe, la certitude de s'enfoncer dans une stagnation prolongée. Et donc faire courir un risque inconsidéré à la démocratie dans un pays où l'extrême droite constitue d'ores et déjà une menace sérieuse.


© Altern. économiques, 2014

Pour citer cet article

Duval Guillaume, « L'impasse Schröder », Alternatives économiques, 12/2014 (N° 341), p. 5-5.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2014-12-page-5.htm


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