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Alternatives économiques

2014/2 (N° 332)


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Social-libéral ? Social-démocrate ? La guerre des étiquettes fait rage depuis que le chef de l'Etat a décidé de rajouter 10 milliards d'euros d'exonérations de cotisations sociales aux 20 milliards du crédit d'impôt compétitivité-emploi (Cice).

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Côté social-libéralisme, les analogies entre le discours du président de la République et celui d'un Tony Blair ou d'un Gerhard Schröder en leur temps ne doivent pas être exagérées. Contrairement à eux, François Hollande n'a pas épousé pour l'instant la passion du workfare et de la flexibilisation à outrance du marché du travail qui étaient au coeur de leur programme. On ne retrouve pas non plus chez lui l'agenda sociétal d'un Tony Blair qui ne craignait pas de jouer sur les passions sécuritaires de ses concitoyens. Tony Blair, enfin, avait aussi beaucoup accru en réalité les prélèvements et les dépenses publics britanniques, en matière de santé ou d'éducation notamment. Ce que François Hollande ne s'apprête pas vraiment à faire...

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Alors, social-démocrate ? Sur la forme et la méthode, beaucoup rapproche François Hollande de cette sensibilité : la priorité accordée depuis le départ à la négociation avec les partenaires sociaux et le choix de rechercher maintenant un pacte avec les "forces vives" du pays incluant des contreparties, même si ces dernières resteront probablement très hypothétiques. Il en faudrait cependant encore beaucoup pour considérer que la politique du chef de l'Etat se rapproche vraiment de celle, notamment, des social-démocraties d'Europe du Nord. Le fait d'avoir soustrait l'Education nationale à l'effort de réduction des déficits va certes dans le sens d'une politique d'"investissement social", mais les modèles scandinaves sont nettement plus exigeants en la matière. La volonté affichée au début de son mandat de rétablir la légitimité et la progressivité de l'impôt va aussi dans cette direction, même si on reste encore loin du compte. Mais par ailleurs, et c'est le fruit d'une longue histoire, beaucoup reste à faire pour développer à la fois l'usage et la culture de la négociation dans des entreprises françaises dont les patrons ont encore trop souvent tendance à se considérer comme des rois de droit divin. Tandis que les salariés ont du mal à se reconnaître dans des syndicats éclatés. Enfin, les social-démocraties du Nord ont constamment privilégié la montée en gamme du tissu productif plutôt que de simples stratégies de baisse des coûts.

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Au fond, si tous ces qualificatifs ne conviennent guère à François Hollande, c'est d'abord parce que sa politique repose non sur une vision idéologique très structurée, mais sur une appréciation qui se veut pragmatique des rapports de force et des marges de manoeuvre à l'intérieur d'un système de contraintes serré. Et ce, d'abord en raison du pacte franco-allemand qu'il a scellé au lendemain même de son élection. Une contrainte en bonne partie consentie que le Président n'a jamais donné le sentiment de vouloir véritablement remettre en cause. Il faudrait pourtant parfois oser un pas de côté : même dans un cadre très contraint, il n'y a jamais une seule politique possible.


© Altern. économiques, 2014

Pour citer cet article

« Pragmatisme », Alternatives économiques, 2/2014 (N° 332), p. 5-5.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2014-2-page-5.htm


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