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Alternatives économiques

2014/3 (N° 333)


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Libéralisme

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Benoît Hamon, le ministre délégué à l'Economie sociale et solidaire et à la Consommation, n'est pas réputé être un chantre du libéralisme. Et pourtant, la loi sur la consommation que le Parlement vient d'adopter à son initiative est incontestablement libérale, en ce sens qu'elle crée les conditions d'une concurrence libre et non faussée sur un certain nombre de marchés, au bénéfice des consommateurs. Elle autorise ainsi la vente de lunettes en ligne et la rend possible en exigeant des ophtalmologistes qu'ils indiquent la distance entre les deux pupilles sur leur ordonnance. De quoi faire baisser le prix des lunettes de près des deux tiers.

2

La loi Hamon va également permettre de changer d'assureur pour son crédit immobilier un an après l'avoir souscrit, ce qui permettra aux emprunteurs de faire de substantielles économies. On pourra aussi changer à tout moment d'assureur pour sa voiture ou son habitation. Des mesures critiquées par la profession, mutualistes compris, bien que la libre entrée et... la libre sortie soient des principes fondateurs de l'économie sociale et solidaire ! La loi interdit par ailleurs aux sociétés qui gèrent des parkings de facturer une heure quand on y est resté cinq minutes. Désormais, ils devront facturer au quart d'heure. La loi Hamon autorise par ailleurs les actions de groupe, notamment contre les entreprises condamnées pour entente, afin que les consommateurs puissent collectivement obtenir réparation du préjudice subi. Enfin, la garantie légale sur les biens d'équipement ménager, jusque-là limitée à un an, va être portée à deux ans. Une durée encore trop réduite pour inciter les fabricants à produire vraiment durable, mais qui va dans le bon sens.

Démagogie

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En présentant son programme de réduction des dépenses publiques à la mi-février, Hervé Mariton, chargé du projet de l'UMP, a bien précisé qu'il ne s'inscrivait pas dans une logique de rupture à la David Cameron. Certes, il propose de ramener les dépenses publiques à 50 % du PIB en cinq ans (contre 56 % aujourd'hui), mais, dit-il, cela ne va pas nous faire "changer de monde". Nous voilà rassurés sur le plan des principes. Reste qu'en pratique, le député de la Drôme n'y va pas avec le dos de la cuillère : report de l'âge légal de départ à la retraite à 65 ans, allongement de la durée de cotisations à 44 ans, baisse de 10 % des budgets des collectivités locales, désindexation des prestations sociales, etc.

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Cette rigueur ne frappe cependant pas tout le monde de la même façon. Ainsi, les propositions relatives au système de soins font porter l'essentiel de l'effort sur l'hôpital public, alors qu'une partie de ses coûts résulte du mauvais fonctionnement de la médecine de ville, qui engorge les urgences des hôpitaux et renchérit le coût de l'hospitalisation à domicile. Enfin, concurrence du Front national oblige, Hervé Mariton propose de supprimer l'aide médicale d'Etat accordée aux sans-papiers, une mesure détestable au plan humanitaire et stupide en termes de santé publique. Imaginons qu'un sans-papiers soit porteur du très contagieux bacille de la tuberculose : est-ce bien raisonnable de lui interdire tout accès aux soins ?

Alternatives

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Une étude récente du Crédit Suisse, citée par le quotidien Les Echos [1]  Du vendredi 14 février 2014. [1] , démontre que, sur un siècle, les actions ont été le meilleur placement. Voilà nos amis capitalistes rassurés. L'étude souligne également que croissance et cours de Bourse sont faiblement corrélés. Rien d'étonnant : les marchés regardent le futur autant que le présent. Surtout, les entreprises peuvent se montrer généreuses, y compris quand l'économie stagne. Les sociétés du CAC 40 ont ainsi versé 43 milliards d'euros en 2013 à leurs actionnaires sous forme de dividendes ou de rachats d'actions.

6

Ce capitalisme de stagnation a cependant un gros défaut : il profite essentiellement aux plus riches et condamne le plus grand nombre à la rigueur, voire au chômage. La situation a donc bien changé par rapport aux décennies de croissance d'après-guerre. Non que cette période ait été favorable aux actionnaires. Mais, à l'époque, les bénéfices des entreprises étaient d'abord réinvestis, ce qui permettait d'entretenir la croissance, développer l'emploi et augmenter les salaires. Cette logique vertueuse s'est cassée avec la fin des Trente Glorieuses. Le capitalisme actionnarial qui s'est imposé depuis est manifestement incapable de mettre l'économie au service de tous. Cherche alternatives, désespérément.

Notes

[1]

Du vendredi 14 février 2014.

Plan de l'article

  1. Libéralisme
  2. Démagogie
  3. Alternatives

© Altern. économiques, 2014

Pour citer cet article

Frémeaux Philippe, « Le bloc-noteS de mars 2014 », Alternatives économiques, 3/2014 (N° 333), p. 98-98.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2014-3-page-98.htm


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