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Alternatives économiques

2014/4 (N° 334)


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Après les municipales, largement perdues par la gauche, le nouveau gouvernement n'aura pas la partie facile pour restaurer la crédibilité de la majorité. D'autant que sa première tâche sera de trouver 50 milliards d'euros d'économies sur la période 2015-2017, la contrepartie promise aux 30 milliards d'abaissement du coût du travail consentis aux entreprises dans le cadre du pacte de responsabilité. C'est une somme. Donnons quelques ordres de grandeur : 50 milliards, c'est le montant du service de la dette publique sur une année. C'est aussi 2,4 points de produit intérieur brut (PIB) ou encore 4 % du total des dépenses de l'Etat et des collectivités. Répartis sur trois ans, cela correspond donc à baisser les dépenses de l'Etat de 1,4 % chaque année. Du jamais vu.

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La Commission de Bruxelles l'a rappelé le 5 mars dernier : pas question d'y échapper, la France doit en principe respecter dès 2015 la règle qui veut que le déficit budgétaire ne dépasse pas 3 % du PIB. On peut trouver exaspérant de se laisser ainsi dicter notre politique par Bruxelles. On peut, comme le "prix Nobel" d'économie Paul Krugman, juger que cette rigueur budgétaire conduit tout droit l'Europe vers la déflation et qu'il vaudrait mieux, dans le contexte actuel, dépenser plus que moins, mais François Hollande s'est engagé en notre nom sur ce point. Et malgré le coup de tonnerre des municipales, sa marge de manoeuvre paraît bien limitée pour remettre en cause cet engagement. D'autant que les échéances sont immédiates : d'ici le 15 avril, le nouveau ministre de l'Economie devra avoir remis sa copie à Bruxelles.

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C'est Bernard Cazeneuve, ministre délégué au Budget qui a été chargé de préparer cette besogne ingrate. Cet homme précis et non dénué d'humour a reçu un à un les ministres en février et mars pour chasser les milliards. En fait, ces 50 milliards sont "divisés" en trois paquets. Premier volet : le gouvernement discute pied à pied avec les experts de la Commission sur les hypothèses de croissance, de taux d'inflation et de rentrées d'impôts d'ici à 2017, car suivant les chiffres retenus l'effort réel peut varier sensiblement.

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Second volet, l'Etat rognera comme d'habitude sur les principaux postes budgétaires. Il réduira en particulier sensiblement son aide aux collectivités locales, sur lesquelles pèsera une part importante de l'ajustement. La masse salariale des fonctionnaires devrait aussi être gelée jusqu'en 2017, ce qui, venant après des années de vache maigre, ne devrait guère faciliter leur mobilisation au service de la modernisation de l'Etat.

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Troisième volet, comme cette "politique du rabot", dont Nicolas Sarkozy avait déjà abusé, ne suffira pas, le gouvernement devrait tenter des réformes plus structurelles. Un peu à la manière énergique de Matteo Renzi, le nouveau président du Conseil italien. François Hollande pourrait être tenté de réorganiser la distribution des aides sociales. Il devrait proposer aussi de fusionner des régions, et de fondre certains départements dans des communautés d'agglomération pour faire des économies. Au vu des résultats des élections municipales, il n'est cependant pas certain qu'il dispose d'une légitimité suffisante pour aller très loin dans cette voie.


© Altern. économiques, 2014

Pour citer cet article

Thureau-Dangin Philippe, « 50 milliards, SVP », Alternatives économiques, 4/2014 (N° 334), p. 5-5.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2014-4-page-5.htm


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