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Alternatives économiques

2014/4 (N° 334)


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Responsabilité

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A quoi vont être affectés les 30 milliards du pacte de responsabilité ? Le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (Cice) va être au final maintenu. Il resterait donc dix milliards qui devraient être affectés, comme promis, à une baisse des cotisations famille. Mais à quels salaires cette baisse va-t-elle s'appliquer ? Depuis maintenant vingt ans, la priorité a été donnée aux bas salaires, avec l'idée que le coût du travail serait trop élevé à ce niveau, compte tenu de la faible productivité des demandeurs d'emploi les moins qualifiés.

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Ce raisonnement est contestable : la valeur relative de tel ou tel travail est d'abord le reflet de conventions sociales qui n'ont rien d'absolu. En revanche, il est vrai qu'un moindre coût du travail facilite de facto la croissance des activités intenses en travail peu qualifié, ce qui justifie, au nom de la lutte contre le chômage, de concentrer les aides sur les bas salaires. A ceci près que l'industrie, qui emploie de nombreux ingénieurs et cadres, entend bien aussi voir réduit le coût du travail qualifié, au nom de sa compétitivité. Elle rappelle, non sans raison, qu'une industrie forte profitera au final à tous.

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Ce débat ne peut se limiter cependant au seul arbitrage entre industrie et services. La question posée est aussi de savoir vers quel modèle de société nous voulons aller. La baisse du coût relatif des bas salaires est d'abord un moyen de permettre à certains d'acheter plus de temps de travail des autres. C'est la version sociale du modèle allemand actuel, un modèle où le faible taux de chômage a pour corollaire une montée continue de la pauvreté laborieuse du fait d'un très bas niveau des salaires dans les services.

Alternative

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Le niveau de l'abstention comme l'orientation des votes exprimés aux élections municipales constituent un sérieux désaveu pour le gouvernement. L'absence de résultats sur le front de l'emploi y est sans doute pour beaucoup. Mais le rejet du politique et des partis de gouvernement exprimé par les électeurs a des causes plus profondes. Elle tient au sentiment, sur lequel surfe Marine Le Pen, que les politiques menées par la droite et la gauche seraient en fait identiques et auraient en commun de ne pas répondre aux attentes du pays.

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Il y a une part de vrai dans ce ressenti : les valeurs portées par la droite et la gauche diffèrent assurément, mais les politiques qu'elles mènent sont souvent proches, parce que la capacité d'agir des gouvernements nationaux est désormais réduite, et parce qu'imposer des réformes profondes impose de faire violence à un corps social profondément divisé. De fait, le mécontentement du pays ne se nourrit pas d'une seule cause ; il traduit une grande diversité d'aspirations, souvent contradictoires. Toute la difficulté, pour les responsables politiques, est donc de parvenir à transcender ces divisions en proposant une vision de l'avenir qui redonne sens à notre vie collective, et cela sans nier les difficultés et les contraintes auxquelles nous sommes confrontés. Une double exigence donc : tenir un discours réaliste et refuser toute résignation. Mais peut-être est-ce trop attendre du locataire actuel de l'Elysée.

Rigidité

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Le taux de disponibilité du parc nucléaire français est revenu en 2013 à 78 % seulement, loin de l'objectif de 85 % que s'était fixé Henri Proglio, le patron d'EDF. Cet écart coûte plusieurs milliards d'euros à l'opérateur et donc, au final, aux ménages et aux industriels. En cause : les difficultés rencontrées par EDF pour gérer de manière optimale les arrêts nécessaires à la maintenance de ses réacteurs nucléaires. Mais la faible disponibilité du parc résulte aussi du poids du nucléaire dans l'offre. Les réacteurs nucléaires sont en effet conçus pour tourner à plein régime. Moduler leur production pour s'adapter en temps réel à une demande variable les fragilise et provoque une usure prématurée de certains équipements, tout en imposant de changer plus fréquemment les barres de combustible.

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Ces contraintes sont encore aggravées désormais par le développement des énergies renouvelables - éolien et solaire -, dont la production intermittente suppose, en l'absence de capacités de stockage de l'énergie, une plus grande flexibilité des autres outils de production d'électricité. Certains en déduisent qu'il faut freiner la croissance des énergies renouvelables. Mais on peut aussi en tirer argument pour réduire le poids du nucléaire - de plus en plus coûteux - dans le mix électrique, au profit d'autres énergies tel le biogaz.

Plan de l'article

  1. Responsabilité
  2. Alternative
  3. Rigidité

© Altern. économiques, 2014

Pour citer cet article

Frémeaux Philippe, « Le bloc-notes d'avril 2014 », Alternatives économiques, 4/2014 (N° 334), p. 98-98.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2014-4-page-98.htm


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