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Alternatives économiques

2014/5 (N° 335)


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Le 25 mai prochain se tiendront les élections européennes. En France comme ailleurs, on redoute une abstention massive et une poussée des partis les plus hostiles à la construction européenne. Pourtant, qu'on observe les enjeux énergétiques (comme Vladimir Poutine nous le rappelle actuellement), les enjeux climatiques (qui vont dominer le siècle) ou les enjeux technologiques, financiers, géopolitiques..., aucun pays d'Europe ne pourra tirer son épingle du jeu au XXIe siècle s'il reste isolé. Même l'Allemagne.

Une concurrence exacerbée

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L'Europe est plus nécessaire que jamais et pourtant elle n'a jamais suscité autant de défiance. Comment en est-on arrivé là ? Les pères fondateurs, redoutant des résistances trop importantes, avaient choisi de construire l'Europe comme un grand marché. Leur idée était simple : faisons des affaires ensemble, notre interdépendance économique croissante nous amènera automatiquement à vouloir davantage d'intégration politique. Seulement voilà : ce grand marché était - logiquement - construit autour du primat de la concurrence. Concurrence commerciale certes, mais aussi concurrence fiscale, sociale, monétaire (avant l'euro). Mais cette concurrence exacerbée n'est pas favorable à l'activité économique, car elle incite chacun à réduire les coûts chez lui pour exporter chez les voisins. Or quand tout le monde le fait, l'Europe est nécessairement perdante. C'est la raison pour laquelle le projet européen avait déjà perdu de son lustre avant l'euro.

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Paradoxalement, la monnaie unique marque une rupture par rapport à cette logique libérale d'Europe-marché : c'est en effet la première fois qu'on réussit à transférer à l'échelon européen un élément majeur de souveraineté nationale. Avec des effets positifs, et notamment une baisse sensible des taux d'intérêt pour les Français. Seulement ce saut ne s'est pas accompagné d'une intégration et d'une solidarité suffisantes pour construire un ensemble viable. Ce sont ces carences dont nous payons lourdement le prix depuis 2009. Plusieurs d'entre elles ont cependant été corrigées à la faveur de la crise, même si cela a été le plus souvent sur le mode du "trop peu, trop tard".

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Mais le leadership incontesté du gouvernement d'Angela Merkel a imposé, en contrepartie de cette solidarité accrue, une politique déflationniste à toute l'Europe. Une politique qui peut éventuellement convenir à un pays, mais pas à l'ensemble d'un continent. Car, à la clef, il y a explosion du chômage et recul des revenus des Européens. C'est pourquoi, malgré les progrès indéniables accomplis en matière de solidarité, l'euro et la construction européenne restent à la fois si fragiles et si impopulaires. L'Europe peut-elle encore se réformer suffisamment pour faire reculer rapidement le chômage ? Il faut le souhaiter, car l'alternative n'a absolument rien d'attrayant. Mais l'ampleur des dégâts causés par la crise rend le pari difficile à gagner.

Plan de l'article

  1. Une concurrence exacerbée

© Altern. économiques, 2014

Pour citer cet article

Duval Guillaume, « L'Europe, remède ou poison (introduction au dossier) », Alternatives économiques, 5/2014 (N° 335), p. 6-6.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2014-5-page-6.htm


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