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Alternatives économiques

2014/5 (N° 335)


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Tour de magie

1

Peut-on réussir à baisser les cotisations sociales des entreprises et à réduire les déficits publics tout en relançant la croissance et l'emploi ? Oui, répond le gouvernement. Mais le croit-il vraiment ? Car le mix baisse des charges + austérité budgétaire n'a pas pour premier objectif de relancer l'emploi, mais de rétablir l'équilibre des échanges commerciaux, tout en allégeant les déficits. De quoi redonner à la France l'autorité qu'elle a perdue en Europe. Et retrouver ensuite des marges de manoeuvre. Le gouvernement a donc choisi d'imposer une dévaluation interne au pays, en réduisant les coûts des entreprises, une réduction assortie d'une austérité budgétaire qui pèse négativement sur la demande. De quoi comprimer les importations et inciter les entreprises à chercher à l'export les clients qui leur font défaut sur le marché intérieur.

2

Cette politique va être conduite avec modération - on peut compter sur François Hollande sur ce point - afin de ne pas plonger le pays dans une récession contre-productive. L'Hexagone devrait ainsi éviter de tomber dans le scénario espagnol, où le retour à l'équilibre des comptes extérieurs a été payé d'une forte chute de l'activité venue tarir les recettes fiscales, et donc compromettre l'effort de maîtrise des comptes publics. Reste qu'il va falloir attendre pour obtenir une réelle inversion de la courbe du chômage. Sauf miracle.

A votre santé !

3

Le gouvernement veut réduire de 10 milliards d'euros les dépenses d'assurance maladie d'ici à 2017, soit une baisse de près de 2 % par an. Cet objectif n'est pas hors de portée, selon les spécialistes du secteur, à condition de supprimer les opérations, consultations et analyses inutiles, d'augmenter fortement l'usage des génériques et d'améliorer l'articulation entre médecine de ville et hôpital. Sauf que tout cela ne peut se faire en un jour, car le système de santé, c'est à la fois une organisation complexe et des professionnels, médecins, infirmières, aides-soignantes, à l'hôpital et en ville, dont on ne peut modifier d'un coup de baguette magique les conditions d'exercice ou de rémunération.

4

Les dépenses ont été inférieures aux prévisions de 1,3 milliard d'euros en 2013. Mais à quel prix ? Il faudra donc beaucoup de talent à Marisol Touraine, la ministre en charge du dossier, pour rationaliser l'offre de soins sans dégrader la qualité du service rendu. Au vu des délais affichés, le risque est bien que les économies soient obtenues en maniant le rabot. Avec pour résultat un développement du rationnement dans le gâchis observé aujourd'hui, avec des files d'attente ici et des soins inutiles là. Et des difficultés croissantes d'accès aux soins pour les plus pauvres.

Par ici la sortie ?

5

La tonalité des débats qui divisèrent la France lors de la mise en place de l'euro laisse aujourd'hui rêveur. D'un côté, les pourfendeurs de l'euro nous décrivaient un futur de contraintes et de contrôles tatillons. En face, les partisans de l'euro nous promettaient plus de croissance et d'emplois. Les deux camps se sont lourdement trompés. Les contraintes et les contrôles n'ont pas été au rendez-vous, ou ont été mal ciblés, comme en témoignent les dérives passées de l'endettement privé en Espagne et des bilans des banques irlandaises. Quant à la croissance et l'emploi, ils n'ont pas résisté à la mauvaise gestion de la crise de la dette.

6

Dans ce contexte, des voix s'élèvent, et pas seulement à l'extrême droite, pour juger souhaitable de mettre un terme à l'expérience. Le doute s'installe, y compris parmi les partisans les plus affirmés de l'Europe, qui constatent que l'attachement populaire à l'idée européenne est profondément affaibli par la crise : dans ces conditions, faut-il défendre l'euro coûte que coûte ? Le débat est sérieux et mérite mieux que les arguments avancés par nombre d'économistes. Que nous dit-on, si ce n'est que la crise financière aurait eu des conséquences bien pires sans l'euro, ou encore qu'un éclatement de la zone provoquerait une crise encore plus grave ! Pas de quoi susciter l'adhésion des 22 % de jeunes français aujourd'hui sans emploi, trois ans après leur entrée dans la vie active [1][1] Selon l'enquête "Génération 2010", Céreq, 2013, www.cereq.fr..., qui s'inquiètent légitimement pour leur avenir. Les avancées obtenues depuis trois ans dans la gouvernance de la zone euro - mécanisme européen de stabilité, union bancaire, politique monétaire active de la Banque centrale européenne - sont considérables, mais la bouteille demeure toujours à moitié vide, à en juger par la situation sur le terrain.

Notes

[1]

Selon l'enquête "Génération 2010", Céreq, 2013, www.cereq.fr .

Plan de l'article

  1. Tour de magie
  2. A votre santé !
  3. Par ici la sortie ?

© Altern. économiques, 2014

Pour citer cet article

Frémeaux Philippe, « le bloc-notes de mai 2014 », Alternatives économiques, 5/2014 (N° 335), p. 98-98.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2014-5-page-98.htm


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