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Alternatives économiques

2014/7 (N° 337)


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Economies

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Il n'y a pas de miracle : on ne peut diminuer les impôts et les charges acquittés par les entreprises tout en voulant réduire les déficits publics sans pratiquer des coupes claires dans les dépenses publiques, ce qui impacte nécessairement l'activité et l'emploi. Les 50 milliards d'économies annoncées d'ici à 2017 devraient ainsi entraîner la suppression de 250 000 emplois, selon Valérie Rabault, la rapporteuse du Budget. En effet, les dépenses publiques ne tombent pas dans un puits sans fond : les salaires versés aux agents publics, les pensions de retraite ou les aides sociales soutiennent la consommation. L'Etat et les collectivités investissent dans de multiples infrastructures. Enfin, de nombreux services sont en partie ou en totalité financés sur fonds publics. D'où l'inquiétude qui saisit en particulier l'économie sociale et solidaire, qui craint de ne plus pouvoir assurer ses missions d'utilité sociale dans les domaines sanitaire, social, culturel, sportif, etc.

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La question provoque, en revanche, un sérieux accès de schizophrénie au sein du patronat. Alors que le Medef réclame ardemment des coupes claires dans les dépenses publiques, nombre de branches se désolent : la baisse des dépenses de médicaments observée l'an dernier, sous l'effet de la montée des génériques et d'une légère baisse des prescriptions, fait tousser les industriels du médicament ; l'étalement des commandes d'équipement militaire fait pousser des cris d'orfraie aux industriels de l'armement militaire, tandis que l'austérité imposée aux collectivités locales fait redouter le pire aux entreprises de travaux publics...

Compétitivité

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La même rapporteuse du Budget espère néanmoins que les baisses des charges des entreprises, en améliorant leurs marges, vont leur permettre d'investir et de gagner des parts de marché à l'export ! De quoi compenser les effets récessifs de la baisse des dépenses publiques. Chacun s'accorde sur la nécessité de rendre notre économie plus compétitive et de mettre fin à l'hémorragie de l'emploi industriel. Cela n'interdit pas de s'interroger sur la qualité du réglage macroéconomique retenu. Le freinage des dépenses, s'il est trop brutal, peut s'avérer contre-productif si l'effet récessif qui en résulte diminue les recettes publiques, comme on le constate déjà. Son ciblage est en outre injuste : alors que le crédit d'impôt compétitivité-emploi augmente mécaniquement les profits des entreprises, les mesures de désindexation des retraites ou des salaires des agents publics frappent des catégories à faible niveau de revenus. Que chacun fasse un effort peut s'entendre, mais à condition que la solidarité suive, car les effets positifs sur l'emploi de cette politique de compétitivité seront longs à se manifester. Les entreprises qui ont fermé leurs portes ne vont pas renaître de leurs cendres. L'émergence de nouveaux produits, la conquête de nouveaux marchés à l'export prendra du temps. Autant dire que l'inversion de la courbe du chômage n'est pas pour demain, sauf miracle venant de l'extérieur.

Empirisme

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La négociation concernant la cession d'Alstom n'aura finalement fait que des gagnants. General Electric met la main sur l'essentiel de l'activité turbines, comme il le souhaitait. La complémentarité géographique et technique des deux industriels dans ce domaine limite les risques sur le plan de l'emploi, d'où un second gagnant, les syndicats de l'entreprise française. Arnaud Montebourg, de son côté, est parvenu à imposer au géant américain un droit de regard de l'Etat français sur les activités les plus critiques. Bouygues, l'ex-actionnaire de référence, va récupérer deux milliards d'euros en cédant à l'Etat 20 % des parts du nouvel ensemble. De quoi contre-attaquer dans les télécoms. Même Siemens, candidat malheureux, ne s'en sort pas mal, car il n'est pas sûr qu'il eût beaucoup gagné à cette reprise.

5

Libéraux et étatistes en sont finalement pour leur frais. Jeffrey Immelt, le patron de GE, a parfaitement compris qu'il lui fallait négocier avec l'Etat français et, inversement, Arnaud Montebourg et François Hollande, qui ne parlaient hier que de champions européens, voire d'un Airbus européen de l'énergie, se sont résolus à accepter la meilleure offre. La véritable inquiétude concerne en fait le nouvel Alstom, recentré sur la seule activité ferroviaire, dont le positionnement et les résultats sont très fragiles.

Plan de l'article

  1. Economies
  2. Compétitivité
  3. Empirisme

© Altern. économiques, 2014

Pour citer cet article

Frémeaux Philippe, « le bloc-noteS de juillet 2014 », Alternatives économiques, 7/2014 (N° 337), p. 114-114.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2014-7-page-114.htm


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