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Alternatives économiques

2014/7 (N° 337)


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Il y a cent ans, Jean Jaurès était assassiné à deux pas de notre rédaction parisienne. Dans la foulée s'enclenchait un cataclysme qui allait dévaster la France et l'Europe. Cependant, après la disparition des derniers témoins, la "Grande Guerre", qui avait tant traumatisé nos ancêtres, ne représente plus guère pour la plupart d'entre nous que quelques pages dans les livres d'histoire. Cela fait en effet soixante-dix ans que nous vivons en paix sur le Vieux Continent et l'ennemi héréditaire allemand est devenu le meilleur allié de la France. Ce qui nous soucie encore chez nos voisins désormais, c'est davantage la puissance de leurs fabricants d'automobiles ou leur obsession de l'inflation que le nombre de leurs chars ou de leurs avions de combat.

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Pourtant, comme l'indiquent à la fois la montée en puissance, notamment en France, des nationalistes et des eurosceptiques et la multiplication des conflits aux frontières de l'Europe, on aurait tort de considérer cette paix comme un acquis irréversible. Il faut dire que l'Union que nous avons bâtie pour la pérenniser donne pour l'instant un spectacle pathétique : malgré plus de 25 millions de chômeurs en son sein, ses dirigeants passent leur temps à ergoter sans fin autour de questions qui apparaîtront selon toute vraisemblance comme parfaitement dérisoires d'ici quelques années. Au regard des véritables enjeux du XXIe siècle, les historiens, et nos enfants, jugeront en effet probablement sévèrement les heures, les mois, les années perdus dans ces discussions byzantines autour des 3 % de déficit...

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La grande affaire de l'Europe, c'est, ou plutôt cela devrait être, d'accélérer enfin la conversion écologique de son économie. Pas seulement pour être gentils avec les peuples du Sud ou pour laisser un petit quelque chose à nos arrière-petits-enfants, mais aussi, ici et maintenant, parce que nous sommes la zone au monde la plus dépendante de ressources extérieures qui vont être de plus en plus rares et chères, comme Vladimir Poutine nous le rappelle avec son tact si particulier. Nous occupons en effet l'espace le plus anciennement industrialisé de la planète et nous sommes pour cette raison ceux qui ont déjà le plus épuisé les ressources minières et les énergies fossiles de leur sol. L'économie européenne ne se redressera jamais durablement si nous ne sommes pas capables de réduire drastiquement et rapidement cette dépendance.

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Or, un des effets les plus marquants de l'obsession "austéritaire" qui s'est emparée des Européens, y compris lorsqu'ils sont de gauche comme les dirigeants français actuels, c'est de freiner cette conversion en limitant et en retardant les investissements nécessaires. Certes, avec la loi sur la transition énergétique présentée en juin dernier par Ségolène Royal, la France semble (enfin) décidée à sortir quelque peu du "l'environnement, ça commence à bien faire" cher à Nicolas Sarkozy. Mais dans le contexte budgétaire actuel, il paraît peu probable que les moyens dégagés puissent être à la hauteur des ambitions affichées.


© Altern. économiques, 2014

Pour citer cet article

Duval Guillaume, « L'essentiel et l'accessoire », Alternatives économiques, 7/2014 (N° 337), p. 5-5.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2014-7-page-5.htm


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