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Alternatives économiques

2014/9 (N° 338)


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L'été a été marqué par la crise ukrainienne qui dégénère, l'affrontement meurtrier entre le Hamas et Israël à Gaza, les conquêtes et les massacres du soi-disant Etat islamique en Irak, l'instabilité qui s'accroît en Libye, la crise malienne qui rebondit... Partout aux portes de l'Europe, la pression monte. Parallèlement, les Etats-Unis, échaudés par les mésaventures bushistes en Irak et en Afghanistan et toujours très occupés à panser les plaies laissées par la crise (même s'ils s'en sortent moins mal que nous), n'ont manifestement qu'une envie très modérée de continuer à jouer les gendarmes du monde.

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Compte tenu de leurs performances passées dans ce rôle, ce n'est pas forcément une mauvaise nouvelle. Sauf que, cinquante-sept ans après le traité de Rome, les Européens n'ont, eux, toujours ni politique étrangère, ni politique de défense communes. Les pères fondateurs de la construction européenne avaient sciemment laissé de côté ces sujets, trop compliqués à régler dix ans après la Seconde Guerre mondiale. Ils croyaient que le fait de faire de plus en plus d'affaires ensemble allait naturellement nous amener à vouloir faire de plus en plus de politique ensemble. Force est de constater que ce calcul n'a pas fonctionné jusqu'ici. Avec une Europe centrée sur le marché et la concurrence de tous contre tous en son sein, on a créé un ensemble dysfonctionnel avec peu de croissance et d'innovations et un chômage de masse installé depuis trente ans déjà. Ce qui a entretenu les rivalités nationales tout en faisant pression sur les Etats pour qu'ils réduisent leurs dépenses, militaires notamment mais aussi en matière d'aide au développement. Tandis que le chômage poussait l'Europe à se concevoir de plus en plus comme une forteresse assiégée par des voisins considérés d'abord comme une menace pour notre bien-être.

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A quelque chose malheur est toutefois peut-être bon. Les tensions géopolitiques actuelles enterrent le rêve qui se renforçait manifestement chez nos voisins d'outre-Rhin : celui d'une Allemagne, sorte de grande Suisse industrielle, de plus en plus indifférente à son environnement européen et tournée exclusivement vers l'exportation dans les pays émergents. Et cela dans un monde où le parapluie américain suffirait à garantir la stabilité minimale nécessaire pour faire des affaires. Ce qui s'est notamment vu dans le traitement particulièrement peu solidaire de la crise européenne par Angela Merkel.

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L'Allemagne redécouvre aujourd'hui qu'elle a en réalité absolument besoin, politiquement et économiquement, d'une Europe solide autour d'elle. C'est donc le moment de lui proposer un nouveau saut qualitatif dans l'intégration, tout en exigeant de sa part une organisation économique interne plus solidaire et plus active, qui cesse enfin de se limiter à une police des déficits. Mais cela ne semble pas être à l'agenda du président de la République, uniquement préoccupé pour l'instant à imposer à marche forcée dans l'Hexagone une politique de compétitivité déflationniste. François Hollande a pourtant été dans le passé un proche de Jacques Delors. Il serait urgent qu'il s'en souvienne.


© Altern. économiques, 2014

Pour citer cet article

Duval Guillaume, « C'est le moment ! », Alternatives économiques, 9/2014 (N° 338), p. 5-5.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2014-9-page-5.htm


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