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Alternatives économiques

2014/9 (N° 338)


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Externalité

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Les 46 % de Français qui n'ont pas eu la chance de partir en vacances [1][1] Voir "Le tourisme social et solidaire", Alternatives... auront au moins cette consolation : les familiers des côtes de la Manche et de l'Atlantique ont pu constater cet été l'extension des zones infestées d'algues vertes. Des côtes jusque-là épargnées, du Calvados à l'île de Ré, sont aujourd'hui touchées par le phénomène, lié à la pollution des eaux provoquée par l'agriculture intensive. A quelque chose malheur est bon : les professeurs de sciences économiques et sociales ont ainsi sous la main un excellent exemple quand il leur faut expliquer à leurs élèves la notion d'externalité négative. Quelques dizaines de milliers d'agriculteurs, en faisant un usage immodéré des engrais chimiques, menacent l'emploi et les revenus de centaines de milliers de personnes qui vivent de l'activité touristique, une activité qui représente 7 % du produit intérieur brut (PIB) ! Et cela sans en assumer les conséquences.

2

Laurent Fabius, qui s'est beaucoup battu pour avoir la responsabilité du tourisme lors de la formation du gouvernement, ferait bien d'en parler à son collègue Stéphane Le Foll, en charge de l'agriculture. Sauf à considérer que le seul enjeu, en matière touristique, consiste à ouvrir les grands magasins le dimanche pour vendre plus de sacs Vuitton aux touristes chinois.

Monopoles

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Il y a du Robin des bois chez Arnaud Montebourg. Son dernier combat ? S'attaquer aux professions réglementées - huissiers, notaires, pharmaciens -, accusées de profiter abusivement de leur monopole légal. De quoi rendre du pouvoir d'achat aux Français, une promesse douce à entendre en ces temps de stagnation. Comment faire ?

4

Les huissiers, connus pour pratiquer des saisies à la demande des créanciers, tirent une large partie de leurs revenus de la signification des décisions de justice, une mission qui pourrait être tout aussi bien assurée par La Poste, à moindres frais. Même punition pour les pharmaciens. Les 22 000 officines - un nombre limité légalement - sont seules autorisées à délivrer les médicaments sur prescription, mais aussi ceux en vente libre, et donc non remboursés, dont elles fixent les prix comme elles le souhaitent, en toute opacité. Un état de fait difficilement défendable. Car la mission de conseil dont se prévalent les pharmaciens pour justifier leur monopole est souvent déficiente. Et peut être tout aussi bien assurée par un pharmacien salarié dans le rayon ad hoc d'une grande surface.

5

Quant aux notaires, ils sont l'intermédiaire obligé pour toute cession d'actifs immobiliers, toute donation ou toute succession. Leur rémunération étant proportionnelle à la valeur des biens cédés ou transmis, ils ont bien profité de la flambée des prix de l'immobilier, notamment en région parisienne. D'où l'idée de plafonner ou de forfaitiser leur rémunération, sachant que les "frais de notaire", ne l'oublions pas, sont d'abord constitués des impôts et taxes encaissés par les collectivités locales.

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Reste au ministre de l'Economie à passer à l'acte malgré les résistances car pour "rendre du pouvoir d'achat aux Français", il lui faudra d'abord commencer par en prendre aux huissiers, aux pharmaciens et aux notaires, avec à la clef, dans un premier temps, quelques suppressions d'emplois.

Requiem

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Le nouveau gouvernement indien a finalement refusé de ratifier l'accord laborieusement établi lors de la dernière conférence ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) à Bali. De quoi enterrer sans doute les négociations commerciales ouvertes à Doha en... 2001. Faut-il s'en réjouir ? Le déclin de l'OMC résulte d'abord de la volonté des grands Etats, Etats-Unis mais aussi Union européenne, de privilégier les accords commerciaux bilatéraux plutôt que multilatéraux, afin de faire jouer à plein leur pouvoir de négociation. Le cadre multilatéral a eu leur préférence aussi longtemps que les éléphants étaient peu nombreux dans la savane et pouvaient imposer leur loi à tous les autres animaux. La montée des pays émergents, qui n'entendent rien céder sans contrepartie, est venue changer la donne.

8

Dans ce contexte, le protectionnisme n'est pas une option pour un pays fortement inséré dans la mondialisation comme l'est la France. Mais la quête d'un libre-échange généralisé n'est pas plus souhaitable quand elle vient réduire notre capacité à décider de notre avenir. D'où les critiques justifiées adressées au traité transatlantique en cours de négociation.

Notes

[1]

Voir "Le tourisme social et solidaire", Alternatives Economiques Poche n° 67, mai 2014, disponible sur http://www.alternatives-economiques.fr/poche

Plan de l'article

  1. Externalité
  2. Monopoles
  3. Requiem

© Altern. économiques, 2014

Pour citer cet article

Frémeaux Philippe, « Le bloc-notes de septembre 2014 », Alternatives économiques, 9/2014 (N° 338), p. 98-98.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2014-9-page-98.htm


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