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Alternatives économiques

2015/1 (N° 342)


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Fenêtre de tir

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Le ralentissement de la croissance chinoise et la montée en puissance de la production de pétrole de schiste aux Etats-Unis ont provoqué une chute de plus d'un tiers du prix du pétrole au cours des trois derniers mois. Il est désormais revenu à 60 dollars le baril. Un joli cadeau de fin d'année pour les automobilistes et pour tous ceux qui ont tardé à faire le plein de leur cuve de fuel. Faut-il en déduire que les écologistes agitent à tort la menace de futures pénuries ? Non. Car au moment même où les prix s'effondrent, les découvertes de nouveaux gisements se font plus rares - en dépit des lourds investissements consentis par les compagnies ces dernières années - et leurs coûts d'exploitation explosent, qu'il s'agisse des sables bitumineux de l'Alberta ou des gisements en eaux profondes brésiliens.

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Comment, dans ces conditions, expliquer la baisse des prix ? Par la myopie du marché : le prix du pétrole dépend d'abord de l'équilibre instantané entre l'offre et la demande. Si les offreurs ne s'entendent pas pour limiter les quantités mises sur le marché, et que la demande stagne, comme c'est le cas aujourd'hui, le prix du baril tend à baisser, jusqu'à être inférieur au coût marginal d'extraction. Il devient alors plus rentable de fermer les puits les plus coûteux à exploiter, ce qui diminue l'offre et fait remonter les prix jusqu'au niveau justifiant de rouvrir les robinets, etc.

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Cette baisse des prix a cependant un effet pervers majeur : elle rend moins rentable les investissements dans les énergies renouvelables et les économies d'énergie, et incite à utiliser les énergies fossiles, grosses productrices de CO2. Le bon sens voudrait donc qu'on en profite pour augmenter les taxes sur l'énergie de manière indolore, afin de financer les investissements dans les transports en commun ou la rénovation thermique des logements. Mais sans doute serait-ce de "l'écologie punitive" !

Poutine

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S'il y en a un pour qui la chute du prix du pétrole n'est pas une bonne nouvelle, c'est bien Vladimir Poutine. La Russie demeure plus que jamais dépendante de ses exportations de pétrole et de gaz. Une leçon à méditer pour tous ceux qui, lors de l'accession au pouvoir de cet ancien officier du KGB, pensaient que son autoritarisme et sa volonté centralisatrice allaient relancer l'économie russe, profondément désorganisée par une décennie de pseudo-transition d'une économie bureaucratique épuisée vers un capitalisme mafieux sans règle.

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Quatorze ans ont passé. Et le pays n'a pas réussi à diversifier son économie. En fait, l'autoritarisme à la Poutine s'est surtout traduit par une redistribution des cartes entre oligarques au profit des proches du Kremlin, l'autorité politique s'appliquant plus à contrôler la rente qu'à développer le pays. Le parallèle avec l'Algérie est frappant. Les deux pays auraient d'abord besoin d'une révolution libérale, au sens à la fois politique et économique, afin de passer à une vraie économie de marché encadrée par une vraie démocratie. En attendant, les Russes - en tout cas ceux qui ont de l'argent - votent avec leurs roubles en achetant massivement des euros et des dollars.

Pénibilité

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La mauvaise foi du patronat sur le dossier pénibilité est totale, comme nous l'explique Sandrine Foulon dans ce même numéro [1][1] Voir "Le tour de la question" page 30.. La question, au fond, est simple. Historiquement, les régimes de retraite ont d'abord eu pour but de permettre aux personnes trop âgées pour être encore employables de bénéficier d'un revenu de remplacement leur évitant une fin de vie misérable. Quand la retraite des travailleurs salariés s'est généralisée, à la Libération, l'âge légal de départ à la retraite était de 65 ans, alors que l'espérance de vie d'un travailleur manuel était de l'ordre de 57 ans...

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Les choses ont bien changé depuis, et c'est tant mieux. Pour autant, les inégalités rencontrées dans la vie active et dans la vie tout court continuent de se reproduire quand vient l'heure de la retraite. L'espérance de vie des cadres est bien supérieure à celle des ouvriers et le montant de leurs pensions, corrélé à celui des cotisations versées, reflète les revenus inégaux perçus durant la vie active. Sur ces bases, faut-il considérer, comme le font le patronat et une large partie de la classe politique, que cette double peine est normale ou doit-on considérer qu'en raison de l'égale dignité des hommes et des femmes dans une démocratie, il est légitime de compenser ces inégalités et d'agir pour les réduire ?

Notes

[1]

Voir "Le tour de la question" page 30.

Plan de l'article

  1. Fenêtre de tir
  2. Poutine
  3. Pénibilité

© Altern. économiques, 2015

Pour citer cet article

Frémeaux Philippe, « Le bloc-notes de janvier 2015 », Alternatives économiques, 1/2015 (N° 342), p. 98-98.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2015-1-page-98.htm


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