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Alternatives économiques

2015/10 (N° 350)


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Université

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A l'heure où la France s'interroge sur l'opportunité d'accroître les droits d'inscription à l'université, afin de mieux la financer, les Etats-Unis nous montrent les limites du modèle libéral en matière d'enseignement supérieur. Le coût très élevé des études universitaires outre-Atlantique y contraint les étudiants à s'endetter de plus en plus lourdement. L'encours des prêts étudiants atteint désormais près de 1 200 milliards de dollars [1][1] Les Echos du 28 août 2015.. Mais les salaires des jeunes diplômés ne suivent pas la progression des droits universitaires, si bien qu'un nombre croissant d'entre eux ne parvient plus à faire face aux échéances de leur dette. Bref, faire des études supérieures devient de moins en moins rentable. Les universités américaines étaient parvenues jusque-là à accroître leurs ressources en faisant payer toujours plus les étudiants. De quoi dispenser un enseignement reconnu, dans l'ensemble, comme de qualité, mais aussi offrir des rémunérations très - trop ? - élevées aux enseignants, bien mieux payés qu'en France.

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L'université française, à l'inverse, paie mal ses enseignants (qui jouissent en contrepartie d'une plus grande liberté), tout en réclamant peu d'argent à ses étudiants. Et ils en ont en effet pour leur... argent avec un taux d'encadrement insuffisant, notamment au niveau de la licence. Sortir de cette situation suppose de dégager des moyens supplémentaires. Reste à savoir qui doit payer.

Fessenheim

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En déclarant que la centrale de Fessenheim fermerait quand l'EPR de Flamanville sera mis en service, Ségolène Royal, la ministre de l'Environnement, a suscité une bronca chez les écologistes. La fermeture de la centrale alsacienne d'ici à 2017 fait en effet partie des promesses de campagne de François Hollande. Or, au vu des retards pris par le chantier de l'EPR normand, celui-ci sera au mieux mis en service en 2018, en admettant que sa cuve soit finalement déclarée bonne pour le service, ce qui n'est pas acquis.

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A dire vrai, le cas Fessenheim est à la fois un vrai symbole et un faux problème. Un vrai symbole, car cette centrale, une des plus anciennes, construite sur une zone à risque sismique, est sans conteste une des premières qu'il faut fermer. Un faux problème, car le gouvernement entend, dans le même temps, prolonger la vie des autres centrales - moyennant des investissements qui tardent toutefois à être mis en oeuvre. Et puis, pourquoi avoir dépensé plus de 9 milliards à construire un premier EPR si ce n'est pour le dupliquer ensuite à moindre coût. Le seul espoir des opposants au nucléaire est de voir la logique économique finir par contrecarrer le lobby nucléaire français : au-delà des risques inhérents à cette forme d'énergie, le kWh nucléaire s'avère de moins en moins compétitif.

Macron

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Au risque de choquer certains lecteurs, il m'arrive de penser qu'il y a parfois une part d'archaïsme dans les critiques adressées à gauche à Emmanuel Macron, le ministre de l'Economie. Ce jeune technocrate, sans expérience politique, dit parfois tout haut ce que d'autres vous avouent en off, tout en se désolant de leur impuissance à mettre en oeuvre les réformes nécessaires. Ainsi en est-il de ses récentes déclarations sur le statut des fonctionnaires. On peut être attaché à un service public de haut niveau et considérer précisément que les garanties du statut ne sont pas toutes justifiées par l'intérêt dudit service.

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Ce qui est nettement plus gênant, en revanche, chez Emmanuel Macron, c'est que son modernisme s'accompagne de la conviction que l'économie est une fin en soi, au point qu'il en oublie sa finalité première : servir le bien-être individuel et collectif. Ironiser sur cette gauche qui pensait qu'on pourrait vivre mieux en travaillant moins longtemps, comme il l'a fait récemment, c'est passer à la trappe un siècle et demi de combat pour la journée de 8 heures, le repos hebdomadaire, les congés payés, la semaine de 40 heures, puis de 35 heures. Bref, tout ce qui a permis au salariat de se distinguer de l'esclavage.

Notes

[1]

Les Echos du 28 août 2015.

Plan de l'article

  1. Université
  2. Fessenheim
  3. Macron

© Altern. économiques, 2015

Pour citer cet article

Frémeaux Philippe, « Le bloc-notes d'octobre 2015 », Alternatives économiques, 10/2015 (N° 350), p. 098-.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2015-10-page-098.htm


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