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Alternatives économiques

2015/10 (N° 350)


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L'été 2015 restera comme un moment difficile pour ceux qui croit au projet européen. On pensait que l'humiliation de la Grèce, par une Allemagne donnant comme seul horizon économique l'austérité à vie, suffisait à malmener l'engagement des progressistes en faveur de l'Europe. Mais la fin de l'été vient y ajouter la crise des migrants et la petitesse de nos dirigeants.

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Mi-septembre, les pays européens n'arrivent pas à se mettre d'accord sur un plan destiné à relocaliser 120 000 migrants, quand le continent en accueille en régime de croisière un million par an. Et même si un compromis finit par être trouvé, la réponse européenne n'est pas à la hauteur de la crise actuelle, passée et future.

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Entre 2000 et 2014, 40 000 migrants sont morts aux frontières, 22 000 en tentant de rejoindre l'Europe. Près de 3 000 sur nos rives rien que cette année, selon le Haut-Commissariat aux réfugiés. Sur les 22 millions de Syriens, 8 millions ont dû se déplacer à l'intérieur du pays, 4,5 millions sont en exil en quête de terres d'accueil étrangères : 40 % en Turquie, un quart au Liban, puis en Jordanie, en Irak, etc.

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La population syrienne et celles de ses voisins gèrent l'essentiel du drame qui se joue actuellement dans le pays. L'Europe n'arrive qu'ensuite, et l'hypocrisie de ses dirigeants, partagés entre frilosité, stratégie de communication et intérêts bien compris, est écoeurante.

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Une Allemagne à part ?

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Angela Merkel suit toujours les mouvements spontanés de sa population qui voulait moins de nucléaire après Fukushima, puis moins d'argent pour les Grecs et, aujourd'hui, plus de migrants. La bataille de l'opinion a d'ailleurs été l'une des raisons pour lesquelles le ministre des Finances allemand Wolfgang Schäuble a été si dur avec les Grecs : il en retirait une popularité plus forte que la chancelière.

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Oui, Angela Merkel a été à la hauteur lorsqu'elle a déclaré début septembre : "Les droits civils universels ont été jusqu'à présent étroitement liés à l'Europe et à son histoire, en tant que principe fondateur de l'Union européenne. Si l'Europe échoue sur la crise des réfugiés, ce lien avec les droits civils universels sera cassé."

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Et la classe politique allemande a suivi pour faire la pédagogie de l'accueil, effectif, des réfugiés. Mais ne pouvant gérer la crise à elle seule, quand les autres pays font de la résistance, et toujours soucieuse de ne pas oublier sa droite, hostile aux étrangers, la chancelière a dû mettre un frein au droit d'entrer sur son territoire.

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Ouvrir les frontières

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Qu'aurait dû faire l'Europe ? Les gens ne choisissent pas de migrer ou de rester chez eux parce qu'il y a une frontière ou pas. Celles de Schengen ne permettent pas de contrôler les flux migratoires, on ne peut que le constater. Selon une logique identique à celle de la prohibition, les barrières ne servent qu'à enrichir les passeurs illégaux. Et à tuer les moins chanceux.

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Les obstacles aux frontières, tel le mur scandaleux construit par la Hongrie ou par la France à Calais, ne sont pas efficaces. Celui érigé entre le Mexique et les Etats-Unis force les gens à s'y reprendre à plusieurs fois, pas à abandonner leur projet, et personne n'a montré que sa construction avait fait baisser les flux migratoires. Enfin, lorsque l'aide publique au développement s'élève à 135 milliards de dollars par an dans les pays du Sud, l'argent des migrants envoyé dans leur pays d'origine atteint 600 milliards. Le meilleur moyen de laisser les populations chez elles, c'est de permettre à ceux qui veulent et qui peuvent bouger de le faire.

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L'Europe et ses dirigeants, en particulier français, sont loin de toute réflexion, sans même parler d'action d'ouverture. Après la Grèce, l'Europe a déçu. Avec les migrants, elle nous fait honte.


© Altern. économiques, 2015

Pour citer cet article

Chavagneux Christian, « L'Europe de la honte », Alternatives économiques, 10/2015 (N° 350), p. 22-22.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2015-10-page-22.htm


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