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Alternatives économiques

2015/5 (N° 346)


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Les performances britanniques sont certes meilleures que celles de la zone euro, mais elles n'ont rien d'extraordinaire. Et le modèle de société de nos voisins reste toujours aussi peu enviable.

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Qui aurait pu parier il y a cinq ans qu'on se remettrait à nous vanter si rapidement les mérites supposés du "modèle britannique" ? En 2008, l'économie de l'île, tirée par la finance, était aux abois. Les costumes-cravates de la City trimbalaient piteusement leurs cartons dans les rues de Londres, en abandonnant leurs luxueux bureaux. Les banques comme la Lloyds, qui faisaient la fierté du pays depuis le XVIIIe siècle, devaient être nationalisées les unes après les autres pour leur éviter la faillite. Les épargnants britanniques eux-mêmes en étaient réduits à faire la queue dans les rues pour essayer de récupérer leurs économies.

Faux-semblant

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Au-delà du cas britannique, c'était d'ailleurs la voie suivie par l'ensemble des pays anglo-saxons qui paraissait alors définitivement discréditée. La crise de 2008 semblait avoir posé le dernier clou au cercueil d'un "modèle" que les mésaventures des années 2000-2001 avaient déjà sérieusement écorné.

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Pourtant, sept ans plus tard, les Etats-Unis ont retrouvé leur niveau de chômage d'avant-crise. Tandis que de ce côté de l'Atlantique, l'économie du Royaume-Uni s'est redressée plus rapidement que celle de la plupart des pays d'Europe continentale, et notamment de la France.

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Le surplus de croissance enregistré par l'économie britannique depuis 2008 devrait même dépasser cette année, avec 6,8 points de produit intérieur brut (PIB), celui de l'Allemagne, dont la production n'a augmenté que de 5,3 points.

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A y regarder de plus près cependant, cette performance n'en est pas vraiment une, compte tenu de la hausse de 5,5 % de la population de l'île intervenue en sept ans : en réalité, nos voisins n'ont guère réussi qu'à effacer les effets négatifs de la crise. Si on admire aujourd'hui en Europe continentale les résultats de l'économie britannique c'est parce que, comme on dit, "au pays des aveugles, les borgnes sont rois". La gestion de la zone euro a été si catastrophique depuis cinq ans, que nous en sommes réduits à nous extasier devant des performances qui n'ont pourtant rien d'extraordinaire....

Hypothèque sur le futur

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D'autant qu'il ne faut pas confondre les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Les Américains ont en effet réussi à faire reculer sensiblement la dette des acteurs privés et à stabiliser leur endettement global. Ce qui n'est pas le cas du Royaume-Uni, où la reprise est fondée avant tout sur la poursuite de la fuite en avant dans l'endettement.

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Tandis qu'en termes de position dans la division internationale du travail, autant le high-tech américain semble un atout toujours aussi solide pour le futur des Etats-Unis, autant le développement massif des petits boulots n'apporte rien à la compétitivité réelle du Royaume-Uni. Les points forts de l'économie de l'île restent toujours la rente que lui apporte la City, regonflée par les bons soins de la Banque centrale européenne. Et celle - rapidement déclinante toutefois - que le Royaume-Uni tire des champs de gaz et de pétrole de la mer du Nord. D'autant plus que le principal exploit de David Cameron en matière de baisse des dépenses publiques a consisté à licencier 156 000 personnes de l'Education nationale. Un désinvestissement massif qui ne devrait pas manquer d'avoir des effets négatifs dans le futur sur la qualification de la main-d'oeuvre britannique.

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Quant au miracle de l'emploi, il mérite lui aussi d'être relativisé. Certes, en limitant drastiquement la protection sociale accordée aux "oisifs" et en multipliant les mesures de workfare (obligation de travail en échange d'une aide sociale), qui s'apparentent souvent à du travail forcé, on peut sans conteste réduire de beaucoup le chômage. Ce n'est pas un hasard, d'ailleurs, si celui-ci est inexistant dans les pays pauvres dépourvus de protection sociale : chacun doit s'efforcer d'y survivre en exerçant des "petits boulots", généralement peu productifs et faiblement rémunérateurs.

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La multiplication des travailleurs indépendants au Royaume-Uni depuis quatre ans répond à une logique de ce type : elle est beaucoup plus sûrement le signe de la poursuite du "dédéveloppement" de l'économie britannique engagé depuis les années 1960 que celui de son entrée de plain-pied dans le XXIe siècle. Bref, malgré quelques indicateurs macroéconomiques positifs, il y a des modèles que l'on serait bien avisé de ne pas suivre. Aujourd'hui, comme d'ailleurs hier, avant la crise de 2008.

Plan de l'article

  1. Faux-semblant
  2. Hypothèque sur le futur

© Altern. économiques, 2015

Pour citer cet article

Duval Guillaume, « Le modèle britannique est de retour...(introduction au dossier) », Alternatives économiques, 5/2015 (N° 346), p. 10-10.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2015-5-page-10.htm


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