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Alternatives économiques

2015/6 (N° 347)



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Le pétrole est à 65 dollars le baril. Il en valait 110 il y a un an. C'est, en bonne partie, grâce à cette baisse que l'activité est un peu repartie en France et en Europe, malgré les politiques budgétaires trop restrictives qui y sont menées. Mais cette chute fait aussi peser une lourde menace sur la transition énergétique. Il existerait bien un moyen de sortir de cette nasse : profiter de la baisse inattendue du prix du pétrole pour instaurer - enfin - une fiscalité écologique digne de ce nom. Ce serait aussi l'occasion rêvée de réaliser un vieux projet : basculer une partie des coûts qui pèsent aujourd'hui sur le travail vers la fiscalité écologique, afin de doper dans le même temps l'emploi. Même s'il faudrait également dégager des moyens supplémentaires pour aider les pauvres à lutter contre la précarité énergétique et pour améliorer l'offre de transports collectifs.

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Une telle réforme serait particulièrement bien venue dans un pays qui n'occupe que le 25e rang sur 28 en matière de fiscalité écologique. En Europe, il n'y a en effet que l'Espagne, la Lituanie et la Slovaquie qui fassent pire que nous. Et cette fiscalité verte n'arrête pas de diminuer : elle ne représentait plus que 1,8 % du produit intérieur brut (PIB) français en 2012, contre 2,2 % en 2000. Cela fait vraiment désordre pour le pays qui accueille à la fin de l'année la COP 21, la grande conférence internationale sur le climat.

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Mais au lieu de remettre la fiscalité écologique en chantier, le gouvernement a choisi d'enterrer ce dossier. Tandis qu'ailleurs à gauche, on préfère ergoter sans fin, en matière de fiscalité, autour d'enjeux très secondaires en réalité, comme la fusion éventuelle de la CSG et de l'impôt sur le revenu ou la mise en place du prélèvement à la source.

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Après l'échec de Dominique Voynet en 2000, le recul de Nicolas Sarkozy en 2010 et la révolte des "Bonnets rouges", nul n'ignore bien sûr combien le sujet est délicat à manier. Mais un gouvernement qui se fait fort de préparer le pays à faire face aux défis du XXIe siècle ne peut pas laisser passer une telle opportunité historique.


© Altern. économiques, 2015


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