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Alternatives économiques

2015/7 (N° 348)


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Oligopole

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En proposant de racheter Bouygues Télécom fin juin, Patrick Drahi, le patron de Numericable-SFR, a tenté de continuer sur sa lancée, profitant de taux d'intérêt qui lui permettent de s'endetter à peu de frais. Avec pour objectif implicite, une fois éliminé le quatrième larron sur le marché des télécoms français, d'imposer, de concert avec Orange et Free, des prix plus rémunérateurs sur le marché des télécoms. De quoi dégager de meilleures marges et investir plus - c'est promis -, répondant en cela aux attentes du gouvernement.

2

Ce scénario est cependant peu crédible : la concurrence impose aussi à chaque opérateur d'investir et d'innover pour se différencier, comme l'a fait Bouygues avec la 4G ces derniers mois. Inversement, la constitution d'un oligopole favorise les comportements rentiers, à la manière de ce que fit AT&T durant des décennies aux Etats-Unis, avant que la numérisation précipite l'ouverture du secteur à la concurrence. La Bourse ne s'y est pas trompée, qui a propulsé vers le haut les actions des opérateurs à l'annonce d'un possible rachat de Bouygues. Mais Martin Bouygues a refusé l'offre pourtant généreuse qui lui était faite. Sans doute s'estime-t-il à même de devenir prédateur plutôt que proie, en continuant à gagner des parts de marché en cassant les prix.

Recul

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A l'heure où sont écrites ces lignes, nul ne sait quelle sera la fin du feuilleton grec. En revanche, quelle qu'en soit l'issue, il est d'ores et déjà clair qu'il aura fait reculer encore un peu plus l'idée européenne. Pour ses fondateurs, l'Union avait pour objectif de transcender les intérêts nationaux en dégageant un intérêt commun dont la poursuite profiterait à tous. Le retour en force des Etats dans la gouvernance de l'Union depuis la chute du mur de Berlin, accentué par la crise financière, joue en sens inverse. La monnaie unique devait servir de catalyseur au processus d'approfondissement de l'Union, incitant à renforcer ses institutions et à approfondir la solidarité entre les pays. Gérée par des dirigeants prisonniers d'une vision étroite des intérêts de leur pays, elle divise l'Europe aujourd'hui plus qu'elle ne la réunit.

4

La responsabilité en revient d'abord à l'orientation libérale des forces politiques dominantes dans les pays les plus riches, qui ont imposé un ajustement radical aux pays en difficulté. Avec pour résultat que les dirigeants de ces pays, à commencer par le président du Conseil espagnol, Mariano Rajoy, réclament que chacun soit logé à la même enseigne. Dans ce contexte, Alexis Tsipras a été contraint de jouer la seule carte qu'il lui restait, celle du chantage du faible au fort. Triste.

Cotisations

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Louis Gallois, coprésident du think tank La Fabrique de l'industrie, vient de donner un nouveau tour au débat sur l'avenir du pacte de responsabilité. Loin de contester le principe des baisses de cotisations sociales, jugé par lui nécessaire à la compétitivité des entreprises, il propose en revanche de les répartir autrement, de telle manière qu'elles s'appliquent aux salaires jusqu'à 3,5 Smic. Depuis leur introduction, au début des années 1990, les exonérations de cotisations sociales ont été concentrées sur les bas salaires. Raison invoquée par les économistes : les travailleurs peu qualifiés, ceux qui occupent précisément des emplois à bas salaires, sont les plus exposés au risque du chômage, il faut donc concentrer les exonérations sur ces bas salaires afin d'accroître la demande de travail non qualifié et faire ainsi baisser le chômage, à défaut d'oser baisser le Smic.

6

S'appuyant sur une étude de Gilles Koléda, de l'université de Tours, Louis Gallois, considère au contraire que cette logique favorise une spécialisation de l'activité sur des activités peu productives et renchérit le coût relatif du travail qualifié. Tout cela pèse sur la compétitivité de l'industrie, grosse créatrice d'emplois intermédiaires qualifiés, et limite au final le potentiel de développement du pays. En outre, il en résulte un effet de seuil qui enferme les salariés du bas de l'échelle dans leur situation peu favorable.

Plan de l'article

  1. Oligopole
  2. Recul
  3. Cotisations

© Altern. économiques, 2015

Pour citer cet article

« Le bloc-notes de juillet/août 2015 », Alternatives économiques, 7/2015 (N° 348), p. 114-114.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2015-7-page-114.htm


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