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Alternatives économiques

2015/7 (N° 348)


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Les Français ont le blues. Depuis longtemps déjà et bien davantage encore que la plupart de leurs voisins. La crise de 2008 et ses répercussions n'ont rien arrangé : elles ont surtout achevé de nous convaincre que la France était bien devenue l'"homme malade de l'Europe", le pays qui a tout faux et qui doit tout changer.

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En janvier 2015, seuls 29 % des Français se déclaraient ainsi optimistes en pensant à leur avenir et à celui de leurs enfants. Le niveau le plus bas atteint depuis vingt ans que l'Ifop pose cette question à nos concitoyens deux fois par an [1][1] Voir"L'état d'esprit des Français. Vague 32", Ifop,.... Et en 2014, 86 % des Français interrogés par le Pew Research Center pensaient aussi que la prochaine génération s'en sortirait moins bien que l'actuelle [2][2] Voir "Emerging and Developing Economies Much More Optimistic.... C'est le record absolu parmi les 44 pays, développés ou non, où cette question a été posée. Les Japonais, seconds sur le podium du pessimisme avec 79 %, se situent déjà loin derrière nous, et même les Grecs n'étaient "que" 65 % à répondre de la même façon !

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Ce mal-être chronique se traduit notamment par une course effrénée derrière des "modèles" étrangers qu'il faudrait absolument copier. Entre les scandinaves, les néerlandais, les anglo-saxons, les allemands..., on ne sait plus où donner de la tête, tant la mode change rapidement. Mais une chose est sûre : l'herbe est toujours (beaucoup) plus verte ailleurs.

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Sans nier aucunement les difficultés - nombreuses et réelles - que traverse actuellement le pays, ce point de vue pessimiste est cependant largement erroné. A de nombreux égards, la France ne s'en sort pas plus mal que les autres. Et pour l'avenir, elle dispose d'atouts non négligeables. C'est pourquoi nous avons voulu démonter quelques-unes des idées reçues les plus fréquemment énoncées à propos de nos innombrables turpitudes.

Un avenir pas si sombre

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Pour l'avenir, il existe par ailleurs de sérieuses raisons de penser que la mondialisation pourrait, plus facilement qu'on ne le croit, changer de cours et ne plus peser aussi négativement sur notre modèle social. Quant à la construction européenne, elle n'est pas condamnée à rester éternellement un temple du dumping fiscal et social, pour peu que ses habitants, et notamment ceux de l'Hexagone, se mobilisent en ce sens.

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L'avenir sombre que perçoivent les Français n'est donc pas définitivement écrit. Même si nous devrons faire face, comme tous les autres êtres humains, à la grave crise écologique qui menace la planète.

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Mais pour sortir de leur déprime collective, encore faut-il que les Français fassent (enfin) le deuil de leur passé, fantasmé et définitivement révolu, de "grande puissance". Si les habitants de l'Hexagone ont, dans leur ensemble, une perception si négative de leur futur, c'est en effet pour une part non négligeable parce qu'ils constatent le déclin rapide de la puissance économique et politique de leur pays. Et ils redoutent que cette tendance n'entraîne la remise en cause de leur modèle social.

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Le constat ne fait guère de doute : le poids de la France dans le monde a nettement reculé au cours des dernières décennies, et il n'y a aucune chance pour que la tendance s'inverse prochainement. Mais les "déclinistes", et tous ceux qu'ils entraînent dans leur déprime, se trompent quand ils voient dans cette évolution un drame pour les Français. La puissance passée de la France a reposé le plus souvent sur la guerre et le colonialisme, des pratiques dont il n'y a aucune raison d'être fiers. Mais surtout, il faut rappeler, en ce bicentenaire de la bataille de Waterloo, que les Français eux-mêmes n'ont, en termes de bien-être, tiré aucun bénéfice des règnes glorieux de Louis XIV ou de Napoléon Ier.

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A contrario, le fait que la France ne soit plus une grande puissance n'implique pas nécessairement que les Français soient condamnés à se porter plus mal. Cela fait plusieurs siècles maintenant que les Vikings n'ont plus fait parler d'eux au-delà de la mer baltique, mais cela n'empêche pas qu'on nous cite très régulièrement les Scandinaves comme modèle à suivre...

Notes

[1]

Voir"L'état d'esprit des Français. Vague 32", Ifop, accessible sur www.ifop.fr/media/poll/2899-1-study_file.pdf

[2]

Voir "Emerging and Developing Economies Much More Optimistic than Rich Countries about the Future", Pew Research Center, accessible sur www.pewglobal.org

Plan de l'article

  1. Un avenir pas si sombre

© Altern. économiques, 2015

Pour citer cet article

Duval Guillaume, « Cinq idées reçues sur les Français (introduction au dossier) », Alternatives économiques, 7/2015 (N° 348), p. 12-12.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2015-7-page-12.htm


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