Accueil Magazines Magazine Numéro Article

Alternatives économiques

2016/1 (N° 353)


ALERTES EMAIL - MAGAZINE Alternatives économiques

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de ce magazine.

Fermer

Article précédent Pages 10 - 10 Article suivant

Peu nombreux seront ceux qui regretteront l'année 2015. Entre les attentats du 7 janvier et ceux du 13 novembre, suivis dans la foulée par la forte poussée du Front national lors des élections régionales, les nerfs des démocrates ont été soumis à rude épreuve tout au long de l'année.

1

Pour ne rien arranger, malgré la timide reprise économique en cours, la fameuse courbe du chômage ne s'est toujours pas inversée et la pauvreté s'est encore étendue dans l'Hexagone. Quant à l'Europe, la violente fin de non-recevoir infligée au gouvernement grec d'Alexis Tsipras a eu de quoi décourager les partisans les plus endurcis de l'intégration européenne. Heureusement le succès de la COP21 a rallumé une petite lueur d'espoir en toute fin d'année, malgré les insuffisances de l'accord conclu. 2016 se présente-t-il sous de meilleurs auspices ? Il faut l'espérer, mais c'est encore loin d'être assuré.

2

En France, les attentats du 13 novembre ont donné lieu à une réaction quasi unanime au sein de la société française. Contrairement à ceux du 7 janvier, qui ont opposé ceux qui étaient Charlie et ceux qui ne l'étaient pas. Malheureusement, cette unanimité a été entamée depuis par les excès de zèle auxquels la mise en oeuvre de l'état d'urgence a parfois donné lieu. La capacité de la société française à ne pas se laisser entraîner dans une logique de "guerre de civilisation" qui opposerait les Français de culture musulmane et les autres, sera, à coup sûr, un des enjeux majeurs de l'année 2016.

3

De même, 2016 testera sérieusement notre résistance aux sirènes du tout sécuritaire, avec le risque de rogner durablement nos libertés au nom de la lutte contre le terrorisme. Une lutte qu'il faut bien entendu mener de la façon la plus déterminée. Mais les dysfonctionnements qui ont empêché de prévenir ces actes montrent surtout que ce n'est pas tant d'instruments juridiques dont les forces de l'ordre et la justice ont manqué, que tout simplement de moyens matériels et humains.

4

Ces événements doivent impérativement marquer un coup d'arrêt définitif au discours omniprésent ces dernières années, à droite mais aussi à gauche, sur le moins d'Etat et en particulier le moins de fonctionnaires.

5

Mais cette rupture ne doit pas s'appliquer seulement à la police et à l'armée. Ces événements doivent aussi amener à une véritable relance de la politique de la ville et des politiques de lutte contre les discriminations. Un tournant que Manuel Valls appelait déjà de ses voeux en janvier dernier mais qui n'a guère connu jusqu'ici de traduction concrète.

Manque d'Europe

6

Ce que les difficultés de la lutte contre le terrorisme ont aussi montré, c'est qu'on manquait encore cruellement d'Europe, avec notamment une intégration très insuffisante des services nationaux de renseignement. Pourtant ces attentats combinés à l'afflux de centaines de milliers de réfugiés, en provenance notamment de Syrie et d'Irak, risquent d'aboutir à un fractionnement accru, avec en particulier une remise en cause de l'espace Shengen et de la liberté de circulation au sein de l'Union.

7

L'attitude exemplaire de l'Allemagne d'Angela Merkel sur la question des réfugiés aurait pu - et dû - permettre de réorienter l'Europe vers davantage de solidarité après la crise de la zone euro qui avait marqué une montée des égoïsmes nationaux. Et particulièrement chez notre voisin d'outre-Rhin. On verra bien ce que 2016 nous réservera sur ce plan mais, malheureusement, cette fenêtre semble être déjà en train de se refermer. Le gouvernement français, totalement absent sur ce dossier tant il est tétanisé par le Front national, et incapable de soutenir Angela Merkel dans ce combat, porte une part significative de responsabilité dans cet échec.

8

Peut-être que 2016 permettra quand même de sortir du statu quo sur l'austérité en Europe. Après la victoire de Syriza en Grèce début 2015, c'était à l'automne dernier au tour du Portugal de se doter d'une majorité anti-austérité, tandis qu'en Espagne, bien qu'arrivés en tête en décembre dernier, les conservateurs du Partido Popular de Mariano Rajoy semblent a priori en grande difficulté pour pouvoir constituer un gouvernement. De son côté, le Parlement italien vient de défier les intégristes de l'austérité en votant un budget qui n'est pas conforme au Pacte de stabilité.

9

Une vieille règle du jeu politique et social pourrait se rappeler à notre mémoire cette année : ce n'est pas au coeur de la crise économique, quand la récession s'aggrave, que le chômage monte et que la pauvreté menace, qu'on assiste à des mouvements sociaux puissants, mais plutôt au moment où l'économie reprend.

10

Celles et ceux qui ont perdu un emploi, du pouvoir d'achat, de la protection sociale dans la crise sortent alors de leur léthargie pour revendiquer leur part d'un gâteau qui recommence à grossir. Et c'est plutôt à ce moment-là que peuvent réussir à s'imposer des politiques de type New Deal ou Front populaire...

Plan de l'article

  1. Manque d'Europe

© Altern. économiques, 2016

Pour citer cet article

Duval Guillaume, « Ce que nous réserve 2016 », Alternatives économiques, 1/2016 (N° 353), p. 10-10.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2016-1-page-10.htm


Article précédent Pages 10 - 10 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback