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Alternatives économiques

2016/2 (N° 354)


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Pour améliorer la situation de l'emploi en France et faire enfin baisser le chômage, il faut d'abord poser le bon diagnostic. Et en finir avec l'austérité excessive, qui handicape l'activité.

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La France compte aujourd'hui 6,5 millions d'inscrits à Pôle emploi, soit un habitant du pays sur dix, y compris les retraités et les nouveaux-nés. Ils sont 1,2 million de plus qu'en mai 2012 et 2,8 millions de plus qu'en 2008, avant la crise. Il ne fait donc malheureusement aucun doute qu'il y a bien "un état d'urgence économique et social", comme l'a indiqué le président de la République le 18 janvier dernier.

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Cette urgence le concerne bien entendu au premier chef, ainsi que sa majorité parlementaire. C'est d'abord sur le dossier du chômage qu'ils seront jugés lors des échéances prévues l'an prochain. Mais c'est un enjeu qui dépasse aussi largement la sphère politique. Plus de sept ans après le début de la crise, de plus en plus de chômeurs arrivent en effet au bout de leurs droits sociaux et tombent dans la grande pauvreté. Avec le temps, ils perdent leur qualification initiale et il devient chaque mois plus difficile de les ramener ensuite sur le marché du travail.

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Venus se rajouter à un socle déjà très important de sans-emploi, légué par quarante ans de croissance lente, les millions de chômeurs supplémentaires engendrés par la crise accélèrent la désintégration de la société française. Et alimentent à la fois les peurs qui gonflent l'extrême droite xénophobe et les frustrations qui nourrissent les dérives islamistes.

D'abord raison garder

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Pour autant, il ne s'agit pas de faire n'importe quoi pour avoir l'air de "bouger" devant l'opinion publique. Pour que l'action contre le chômage soit pertinente, il faut que le diagnostic posé le soit lui aussi. Et à ce niveau, les choses sont souvent confuses dans le débat public.

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Il faut tout d'abord raison garder. Le pays va mal, mais la France n'est pas pour autant devenue le "vilain petit canard" de l'Europe. Autrement dit, le seul pays qui ne s'en sortirait pas parce qu'il refuse les "réformes" - ou plutôt les purges - qu'une foule de médecins de Molière veut lui administrer.

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Certes, la France crée trop peu d'emplois : elle a tout juste retrouvé son niveau d'emploi de 2008. Mais elle est très loin d'être la seule dans ce cas en Europe : l'économie hexagonale a créé davantage d'emplois depuis 2008 que la moyenne de l'Union et de la zone euro. Sur les 18 membres de la zone euro, 13 s'en sortent moins bien qu'elle sur ce plan. Et pas seulement les pays du Sud de l'Europe, confrontés à une crise aiguë : c'est le cas notamment des Pays-Bas, de la Finlande ou encore, en dehors de la zone euro, du Danemark.

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Sur le plan du chômage, le constat est analogue. Avec trois points de plus en 2015 par rapport à 2008, le taux de chômage s'est accru un peu plus en France que la moyenne de l'Europe (2,5 points), mais moins que dans la zone euro (3,4 points). Et c'est moins qu'en Grèce, en Italie ou en Espagne, mais aussi qu'en Finlande ou aux Pays-Bas.

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Ce qui est exact, en revanche, c'est que la France s'en est moins bien tirée sur la période la plus récente, entre 2012 et 2015. Le chômage y a augmenté de 0,6 point sur cet intervalle, alors qu'il a diminué de 0,4 point en moyenne dans la zone euro et de 1 point dans l'Union.

Des réglages à revoir

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Il s'est pourtant créé plus d'emplois en France entre 2012 et 2015 que dans la moyenne de la zone euro, mais notre pays se caractérise aussi par un dynamisme démographique nettement plus important, ce qui nous dessert dans l'immédiat sur le plan du chômage. C'est cet état de fait qui nourrit les discours sur "la France à la traîne de l'Europe".

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Ce constat n'a pourtant - malheureusement - rien de très surprenant. Pour l'expliquer, il n'y a guère besoin de faire appel à de soi-disant rigidités particulières du marché du travail français. Ce coup de frein est avant tout le contrecoup de la politique d'austérité budgétaire, plus marquée que dans bien des pays, menée en France ces dernières années. Une austérité dont les effets négatifs sur l'activité, et donc sur l'emploi, sont amplifiés par le transfert massif de charges des entreprises vers les ménages organisé par le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (Cice) et le pacte de responsabilité. Et cela a lieu dans un contexte où le commerce mondial ralentit et où les exportations ne prennent pas le relais d'une demande intérieure atrophiée. Si l'on veut redresser la situation de l'emploi en France, comme en Europe, c'est sur les réglages de la politique économique européenne qu'il faut peser en priorité.

Plan de l'article

  1. D'abord raison garder
  2. Des réglages à revoir

© Altern. économiques, 2016

Pour citer cet article

Duval Guillaume, « Plan pour l'emploi : état d'urgence (introduction au dossier) », Alternatives économiques, 2/2016 (N° 354), p. 10-10.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2016-2-page-10.htm


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