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Alternatives économiques

2016/3 (N° 355)


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Pendant des décennies, la question des inégalités est restée en marge de la réflexion économique et du débat politique. Les Anthony Atkinson, James K. Galbraith et autre Branko Milanovic publiaient des travaux sur le sujet, qui n'étaient lus que par les spécialistes. Et puis, la puissance médiatique d'un Joseph Stiglitz, d'un Paul Krugman et le succès planétaire du livre de Thomas Piketty ont placé le thème au coeur de l'analyse économique. Les institutions internationales s'en sont saisies et dénoncent de concert la concentration de richesses et de pouvoir dans les mains du désormais fameux 1 %, les plus puissants des plus fortunés. La fiscalité des riches fait débat.

Névrose fiscale

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Pour Jean-Baptiste Rudelle, le fondateur de l'entreprise Criteo devenu milliardaire, cette évolution va dans le bon sens car " trop d'inégalités créent une société dysfonctionnelle ". Et pour éviter cela, nous dit le grand patron, "nous nous dirigeons vers un monde dans lequel les riches vont devoir payer plus d'impôts. C'est la tendance lourde de l'histoire" (voir son livre On m'avait dit que c'était impossible, Stock).

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Mais le PDG est un être à part dans son milieu et il le sait : "La névrose fiscale est une pathologie très répandue dans les milieux aisés." Cette montée du débat sur les inégalités ne fait pas leur affaire. Il fallait donc s'attendre à la contre-attaque. Elle a désormais commencé.

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Dans le domaine politique, elle démarre par les positionnements favorables à la remise en cause de cet impôt honni des plus aisés : l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Pas moins de sept des dix candidats potentiels à la primaire de la droite ont affirmé leur soutien à sa suppression. Mais ce n'est que le début. Gageons qu'au fil des mois qui viennent, on ira beaucoup plus loin dans la volonté de supprimer les impôts sur les riches.

Rendez-nous 25 milliards !

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Les armes intellectuelles sont en train d'être affûtées en ce sens, comme le montre l'ouvrage récent de deux experts, Michel Didier et Jean-François Ouvrard (L'impôt sur le capital au XXIe siècle. Une coûteuse singularité française, Economica). Le message du livre est limpide : les riches Français paient plus d'impôts que les riches des autres pays européens, en gros 25 milliards de trop qui doivent leur être rendu. La démonstration d'une surfiscalité marginale confiscatoire de l'effort d'épargne est ensuite proposée sur la base d'une victime type : un contribuable disposant d'un million de patrimoine et de 80 000 euros de revenus par an ! On voit pour qui l'ouvrage a été écrit...

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Au-delà du fait que la démonstration peut être débattue, son calcul théorique omet l'utilisation par les plus fortunés de l'évasion, de la fraude et de l'optimisation fiscale agressive : pas un mot sur ce sujet, alors qu'il est au coeur de l'agenda du G20 ! Les auteurs pourraient rétorquer que ces comportements d'évitement sont la preuve de cette surfiscalité. Mais ils voient naître cette dernière à la fin des années 1990 et au début des années 2010. Or, on repère ces comportements depuis le début du XXe siècle en France et, aujourd'hui, dans tous les pays, y compris ceux où la fiscalité est plus faible que chez nous.

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On le sent venir : la contestation de tout rôle fiscal dans la lutte contre les inégalités devrait prendre de plus en plus d'ampleur.

Plan de l'article

  1. Névrose fiscale
  2. Rendez-nous 25 milliards !

© Altern. économiques, 2016

Pour citer cet article

Chavagneux Christian, « La revanche des riches », Alternatives économiques, 3/2016 (N° 355), p. 22-22.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2016-3-page-22.htm


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