Accueil Magazines Magazine Numéro Article

Alternatives économiques

2016/4 (N° 356)


ALERTES EMAIL - MAGAZINE Alternatives économiques

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de ce magazine.

Fermer

Pages 5 - 5 Article suivant
1

Mettre 1 000 euros sur le compte en banque de chaque Européen... Huit ans après le début de la plus grave crise depuis 1929, la situation paraît tellement bloquée en Europe que cette idée a priori loufoque est discutée très sérieusement. Et pas seulement dans les colonnes d'Alternatives Economiques. Comment a-t-on pu en arriver là ? Le capitalisme est un système génial à bien des égards. Il a une capacité inégalée jusqu'ici à mettre à notre disposition des biens et des services pour répondre à nos voeux les plus fous. Et cela en les produisant de façon toujours plus efficace et moins coûteuse. Quand je me rappelle avoir appris à écrire avec une plume et un encrier et à faire des opérations avec une règle à calcul, il m'arrive d'être pris de vertige...

2

Mais le capitalisme a aussi inventé un truc moins génial : la crise de surproduction. Il y a certes eu des crises depuis la nuit des temps, mais c'étaient des crises de sous-production : on n'avait pas récolté assez de blé pour nourrir tout le monde. Dans le capitalisme, c'est l'inverse : on est en crise parce qu'on peut produire trop de choses et qu'il n'y a pas assez de gens suffisamment riches pour les acheter. D'où le chômage, les usines qui ferment... Cette plaie frappe régulièrement les pays capitalistes depuis trois siècles. Suscitant misère, crises politiques et guerres. Après le krach de 1929 et ses conséquences dramatiques, l'ensemble du monde, ou presque, avait fini par comprendre que, malgré les jérémiades des patrons, il fallait des règles sociales strictes, des salaires minimums et des systèmes sociaux coûteux pour que le capitalisme fonctionne correctement.

3

Mais depuis quarante ans, nos élites se sont remises à considérer qu'il fallait au contraire privilégier le laisser-faire. C'est malheureusement en Europe que ce dogmatisme libéral a été pris le plus au sérieux. Et le résultat est sous nos yeux. Quatre-vingts ans après le New Deal et le Front populaire, il est plus qu'urgent que les dirigeants européens, et notamment les socialistes français, redécouvrent cette vérité de base : ce n'est pas en écoutant les chefs d'entreprise qu'on peut construire une économie capitaliste qui fonctionne. On ne peut faire leur bonheur que malgré eux.


© Altern. économiques, 2016

Pour citer cet article

Duval Guillaume, « Amnésie », Alternatives économiques, 4/2016 (N° 356), p. 5-5.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2016-4-page-5.htm


Pages 5 - 5 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback