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Alternatives économiques

2016/5 (N° 357)


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Taux faibles

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La politique de très bas taux d'intérêt et de rachats massifs de titres de dette pratiquée par la Banque centrale européenne (BCE) afin de lutter contre le risque de déflation et pour relancer l'activité au sein de la zone euro permet aux Etats de se refinancer à bon prix. La France a ainsi emprunté le mois dernier plus de 8 milliards d'euros à dix ans au taux de 0,43 %. Cette politique, qui "euthanasie" de manière douce les rentiers au profit des emprunteurs, pour reprendre la célèbre formule de Keynes, ne fait pas que des heureux. Elle est vivement critiquée en Allemagne, pays riche et vieillissant, où les compagnies d'assurance-vie et les gestionnaires financiers peinent à verser aux épargnants les revenus promis. Au point que des voix s'élèvent pour demander à la chancelière de peser sur la BCE pour qu'elle remonte ses taux, au mépris de son indépendance, ce qui ne manque pas de sel venant des Allemands ! Les critiques outre-Rhin sont d'autant plus vives que l'Allemagne ne tire guère profit de la politique suivie par Mario Draghi : le Trésor allemand a pu emprunter à taux très bas toutes ces dernières années, les titres de sa dette faisant figure de valeur refuge face au risque d'éclatement de la zone euro. En revanche, sachant que l'épargne allemande est en partie placée en titres des dettes espagnole, italienne, française..., les transferts futurs en provenance des contribuables de ces pays et à destination des épargnants allemands seront moindres qu'escompté. Reste qu'au fond, si la politique conduite par Mario Draghi finit par porter ses fruits, ce sera quand même une bonne nouvelle pour la grande masse des retraités et futurs retraités, y compris allemands. Car toute reprise de l'activité ne peut que consolider les régimes par répartition, fondement de la retraite de tous les salariés européens.

Relance écologique

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Même les plus ardents partisans de la politique menée par Mario Draghi doivent bien constater qu'elle tarde à produire les effets espérés. En cause, le fait que le crédit gratuit ne suffit pas à relancer la consommation et l'investissement quand le chômage demeure élevé et les perspectives de croissance faibles. La politique de la Banque centrale européenne butte sur le fait que la priorité reste donnée au désendettement et à la baisse des dépenses publiques, au détriment d'une politique de relance concertée au sein de la zone euro, une politique d'autant plus nécessaire que la demande en provenance du reste du monde est affaiblie par le ralentissement chinois et la baisse des prix des matières premières.

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A l'heure où le processus de ratification de l'accord de Paris sur la lutte contre le dérèglement climatique est engagé, le faible niveau des taux d'intérêt devrait être mis à profit pour concilier objectifs économiques et écologiques en engageant un programme d'investissement massif dans la transition écologique et construire l'économie décarbonée du futur. Mais le gouvernement français est sans doute trop occupé à sauver EDF et Areva pour porter une telle initiative.

Ubérisation

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La mode est à l'ubérisation. De fait, les systèmes productifs sont devenus moins verticaux et les nouveaux outils de communication permettent de travailler de manière plus autonome. D'où un recul - encore très limité - du salariat, historiquement né de la nécessité de rassembler dans un lieu unique des travailleurs soumis à l'autorité directe d'une hiérarchie maîtrisant seule l'organisation du travail et la finalité de l'activité. Prenons garde cependant à ne pas confondre ce qui relève de changements structurels bien réels et ce que permet le rapport de force très favorable aux employeurs provoqué par le chômage de masse. Nombre d'entre eux n'ont d'ailleurs pas attendu Internet pour imposer un statut de travailleur indépendant à des personnes pourtant placées en réalité dans un lien de subordination à leur égard. D'où un délicat équilibre à trouver entre la construction de nouvelles protections attachées à la personne et la défense du statut salarial, partout où il demeure légitime.

Plan de l'article

  1. Taux faibles
  2. Relance écologique
  3. Ubérisation

© Altern. économiques, 2016

Pour citer cet article

Frémeaux Philippe, « Le bloc-notes de mai 2016 », Alternatives économiques, 5/2016 (N° 357), p. 114-114.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2016-5-page-114.htm


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