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Alternatives économiques

2016/6 (N° 358)


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Cap

1

Parmi les reproches adressés à François Hollande, son incapacité à fixer un cap revient en boucle. A juste titre : l'art du compromis, qu'il a su déployer hier à la tête du Parti socialiste, ne convient guère quand il s'agit de diriger le pays. Surtout quand les institutions, et leur pratique, donnent une telle place au président. Mais la personnalité de l'hôte de l'Elysée n'explique pas tout. Son impuissance à redonner au pays le goût de l'avenir tient aussi à la crise profonde que traverse la gauche, dans toutes ses composantes. La gauche de la gauche se crispe dans une posture de défense des acquis sociaux de la période antérieure. Elle peine à incarner l'espoir et ce d'autant plus que le créneau de la nostalgie est occupé avec bien plus de succès par un Front national qui promet le retour à un monde d'hier fantasmé. La gauche réformiste, qu'incarne François Hollande, a pour sa part tiré sa légitimité historique de sa capacité à assurer un plus juste partage des fruits de la croissance.

2

Cela ne fait plus sens. Parce que le retour à une croissance forte n'est plus possible, ni même souhaitable. Parce que l'ouverture des frontières et l'émergence de nouveaux enjeux globaux limitent le pouvoir du politique au niveau national. Le défi pour la gauche est donc de changer de logiciel, de proposer une nouvelle promesse de bien-être adaptée à un monde ouvert, où la croissance s'évanouit et où le changement climatique menace. L'écologie politique était bien placée pour incarner cette vision. Dommage qu'elle soit si mal servie par ceux qui aspirent à l'incarner.

Inversion

3

L'inversion partielle de la hiérarchie des normes en matière sociale, introduite par la loi El Khomri, est un des points de friction majeurs entre organisations syndicales. Pour les uns, à commencer par la CGT, il faut rester à tout prix dans un système fidèle au "principe de faveur" qui veut que les accords d'entreprise donnent toujours plus de droits que ceux établis dans les branches. Et que ceux-ci en accordent nécessairement plus que ce que prévoit la loi. Pour les autres, à commencer par la CFDT, certains sujets gagneraient à être négociés au niveau de l'entreprise, tout en conservant un code du travail et des accords de branche garantissant l'essentiel. Le risque d'une telle possibilité, même largement encadrée, réside dans le fait que le rapport de force, au sein des entreprises, est loin d'être toujours au rendez-vous. Le pari engagé par l'organisation de Laurent Berger est précisément qu'à négocier au plus près des salariés, il soit possible de redonner du sens à l'action syndicale et de recréer du collectif.

Morale

4

Le débat sur le niveau de revenus des grands patrons est tout sauf un débat économique, c'est avant tout un débat éthique, et donc politique, au sens le plus fort du terme. Gagner un peu plus de 400 fois le Smic pour un mi-temps, comme c'est le cas de Carlos Ghosn en tant que PDG de Renault, est d'abord une insulte à la démocratie. La démocratie, c'est l'idée qu'un homme en vaut un autre, comme en témoigne le suffrage universel. Certes, les différences de talent ou de quantité de travail fournie peuvent justifier des écarts de revenus, mais quand ceux-ci atteignent de tels sommets, c'est la société qui se dissout.

5

L'heure est à légiférer. Les conseils d'administration seraient tenus d'appliquer les résolutions sur les rémunérations adoptées par l'assemblée générale des actionnaires. Tout ce qui assure une plus grande transparence et une mise en débat des rémunérations va dans le bon sens. Ne nous y trompons pas : cela ne fera qu'obliger les managers, qui justifient leur rémunération au nom de la valeur créée pour l'actionnaire, à respecter les principes dont ils se prévalent, en étant désormais placés sous la coupe directe des détenteurs du capital. Mais l'enjeu principal, au fond, est tout autre : il est d'admettre qu'une entreprise n'est pas la chose de ses seuls actionnaires, mais de toutes les parties prenantes, à commencer par les salariés.

Plan de l'article

  1. Cap
  2. Inversion
  3. Morale

© Altern. économiques, 2016

Pour citer cet article

Frémeaux Philippe, « Le bloc-notes de juin 2016 », Alternatives économiques, 6/2016 (N° 358), p. 98-98.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-economiques-2016-6-page-98.htm


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