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Alternatives Internationales

2010/12 (n°49)


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Angela Merkel, dont le lyrisme n'est pas vraiment la matière forte, n'a pu s'empêcher de lancer un cri de victoire et de soulagement lors du récent sommet de l'Otan (Organisation du traité de l'Atlantique Nord), à Lisbonne : " Un ancien adversaire militaire devient à présent clairement un partenaire. " La chancelière parlait de la Russie. Enterré donc les tensions historiques avec l'Union soviétique. Enterré également les querelles récentes autour de la guerre russo-géorgienne, et surtout du bouclier antimissile que l'administration Bush voulait déployer en Pologne et en République tchèque. Un autre dispositif, plus souple, verra en effet le jour contre la menace balistique, mais Moscou devrait coopérer à sa mise en place. Le " nouveau concept stratégique ", le texte qui fixe les grandes orientations de l'Otan pour les années à venir, le dit d'ailleurs explicitement : " L'Alliance ne considère aucun pays tiers (comprendre : non membre) comme un adversaire. "

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Mais Nicolas Sarkozy, qui, sur la scène internationale aussi, adore jouer les fiers-à-bras, n'a pu s'empêcher de désigner le nouveau suspect : " Aucun nom ne figure dans les documents publics de l'Otan mais la France appelle un chat, un chat : la menace des missiles aujourd'hui, c'est l'Iran ". Le chat méchant est donc persan. Et même si le costume semble bien grand pour l'Iran, dans l'esprit du président français, il semble appelé à jouer le rôle d'ennemi qui, depuis l'origine de l'Alliance atlantique, était celui de Moscou. Un ennemi qui avait pour les stratèges et les militaires une double utilité, à défaut de vertu. D'abord, tout le monde, de Washington à Bonn en passant par Paris et Londres, était d'accord pour dire qu'il était l'adversaire, avec un très grand " A ". Ensuite, on savait sans erreur vers qui pointer les missiles, se tenir prêt à faire décoller les avions. Aujourd'hui, comme le dit l'Alliance, le monde est " imprévisible ", et les menaces s'accumulent dont elle dresse la liste : terrorisme, trafic de drogue ou d'armes, prolifération, piraterie, cyberattaques... Des dangers face auxquels la réponse est parfois militaire sans doute, mais souvent plutôt policière. Or le mot est absent du concept stratégique, sinon de façon très subliminale. L'Otan, qui entend retirer ses troupes de combat du pays d'ici décembre 2014, a pourtant eu l'occasion de réaliser en Afghanistan combien les soldats sont par nature mal préparés à faire régner la loi et l'ordre, surtout en terre étrangère. Combien il est difficile aussi pour un corps expéditionnaire de former des policiers locaux lorsque le gouvernement qui les encadre est peu fiable. Même si officiellement, il est allié. Et pas adversaire.


© Altern. économiques, 2010

Pour citer cet article

Mens Yann, « Mais qui est l'adversaire ? », Alternatives Internationales, 12/2010 (n°49), p. 5-.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-internationales-2010-12-page-5.htm


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