Accueil Magazines Magazine Numéro Article

Alternatives Internationales

2011/12 (n° 53)


ALERTES EMAIL - MAGAZINE Alternatives Internationales

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de ce magazine.

Fermer

Article précédent Pages 15 - 15 Article suivant

Après la victoire des partisans des " chemises rouges " aux élections de juillet 2011, le pays est en proie à des divisions que la gestion des inondations de l'automne n'a fait qu'exacerber. Et qui annoncent peut-être la fin de la dynastie régnante.

1

Les inondations qui ont frappé la Thaïlande en octobre dernier sont les plus graves que le pays ait connues depuis plus d'un demi-siècle, coûtant la vie à plus de 560 personnes. Aux yeux de la population, cette catastrophe naturelle est plus qu'un désastre. N'annonce-t-elle pas la fin d'une époque, alors que l'actuel monarque, Rama IX, est sur le trône depuis 1946 ? Dans l'ancien Siam, la maîtrise des eaux était le fondement du pouvoir des rois. L'incapacité à protéger ses sujets des forces de la nature était à l'inverse un signe de leur incompétence et d'une dynastie finissante.

2
Zones inondées en Thaïlande à l'automne 20114
3

Des inondations d'une telle ampleur sont essentiellement le fruit d'un urbanisme anarchique. Mais elles ont été aggravées par l'erreur qui a consisté à ne pas lâcher plus tôt une partie des eaux des barrages en amont, avant l'arrivée des fortes pluies de la saison des moussons. Les faubourgs pauvres de Bangkok ont été les plus touchés par la montée des eaux, tandis que le quartier des affaires hautement protégé était largement épargné. Ces faubourgs regroupent surtout des migrants internes, issus du nord et du nord-est du pays, régions dont le revenu par tête est huit fois inférieur à celui de la région de Bangkok.

4

Leurs habitants croyaient pourtant avoir retrouvé un dirigeant attaché à la défense de leurs intérêts lorsqu'ils avaient élu en juillet dernier un gouvernement du parti Phuea Thai (" Pour les Thaïs ") dirigé par Yingluck Shinawatra. Yingluck est la soeur du héros des classes populaires thaïlandaises, Thaksin Shinawatra, aujourd'hui contraint à l'exil. Cet ancien policier, devenu magnat des médias, avait gagné les élections de 2001 et de 2005. Bien qu'il soit milliardaire et qu'il ait profité du poste de Premier ministre pour s'enrichir encore, ses mesures populistes de l'époque lui valent d'être considéré par ses supporters comme le premier homme politique à s'être soucié d'un petit peuple que les élites de Bangkok méprisent. Celles-ci avaient d'ailleurs applaudi le coup d'Etat qui avait chassé Thaksin du pouvoir en 2006.

Programme populiste

5

Diverses manoeuvres avaient ensuite permis ensuite au Parti démocrate, proche du palais royal, de prendre le pouvoir. Mais elles ont provoqué au printemps 2010 l'occupation du centre de Bangkok par les " chemises rouges ", les partisans de Thaksin. Et au final, elles se sont avérées contre-productives puisque le 3 juillet dernier, c'est Yingluck, clone autoproclamé de Thaksin, qui a remporté les législatives et qui est devenue Première ministre. Inspirée, voire téléguidée par son frère, cette novice en politique a présenté un programme populiste prônant une augmentation de 40 % du salaire minimum. Malgré les efforts des Démocrates pour promouvoir eux aussi des mesures populistes, la Thaïlande est coupée en deux, avec Bangkok et le sud acquis à l'opposition, et le reste du pays pour la nouvelle majorité. Les attaques dont Yingluck a fait l'objet concernant sa gestion des inondations montrent qu'il n'y aura pas d'état de grâce : pendant la crise, ses ordres ont d'ailleurs été ignorés par l'armée et par le gouverneur démocrate de Bangkok.

6

L'image du palais royal envahi par les eaux a marqué les Thaïlandais. La question se pose de savoir si nous sommes à la fin de la dynastie Chakri ? On dit le roi Rama IX mourant et le prince héritier peu apprécié par le peuple. Par ailleurs, le coup d'Etat de septembre 2006, considéré comme royaliste, et la répression violente des manifestations des chemises rouges en avril 2010 a libéré le débat sur le rôle de la monarchie. Derrière le symbole - et le pouvoir - du roi, se cache une société à la recherche d'un nouveau contrat social, d'un ordre politique plus juste et d'un partage plus équitable des richesses du pays.

Plan de l'article

  1. Programme populiste

© Altern. économiques, 2011

Pour citer cet article

Camroux David, « La dynastie thaïe prend l'eau », Alternatives Internationales, 12/2011 (n° 53), p. 15-15.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-internationales-2011-12-page-15.htm


Article précédent Pages 15 - 15 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback