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Alternatives Internationales

2011/6 (n° 51)


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Laurent Gbagbo évincé, le nouveau président va devoir donner des gages à ses partisans, mais aussi tendre la main à ses anciens ennemis, tout en tenant à distance ses soutiens étrangers, comme la France.

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Depuis la mort de Félix Houphouët-Boigny en 1993, l'histoire politique de la Côte d'Ivoire se confond avec la question de la citoyenneté et la trajectoire politique d'un homme : Alassane Dramane Ouattara (ADO). Longtemps exclu de la course politique par des mécanismes constitutionnels, il est devenu éligible grâce aux accords de Pretoria en 2005. Et il a été consacré par les urnes lors du scrutin présidentiel de novembre 2010 avec 54 % des suffrages, face à Laurent Gbagbo. La longue et sanglante crise politico-militaire qui a suivi la contestation des résultats par le président sortant n'a trouvé son dénuement que le 11 avril dernier avec la capture de Laurent Gbagbo. Bilan provisoire : environ 3 000 morts, des biens privés et publics détruits, des exactions et un tissu social profondément déchiré.

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Investi dans sa fonction présidentielle le 21 mai, ADO devra désormais gérer des contraintes sans doute moins économiques que sécuritaires et politiques. Et elles viennent aussi bien de ses adversaires que de son propre camp. Les militants du RDR (Rassemblement des républicains), son parti, qui, depuis 1993, ont payé cher leur fidélité estiment devoir être les premiers bénéficiaires des rentes de la nouvelle donne politique. Ceux du PDCI (Parti démocratique de Côte d'Ivoire), l'ancien parti de Houphouët-Boigny, jugent que sans leurs votes la victoire d'ADO n'aurait guère été possible et espèrent un retour à la hauteur de ce soutien. Les jeunes soldats des FRCI (Forces républicaines de Côte d'Ivoire, ex-rebelles) attendent aussi la reconnaissance par le pouvoir qu'ils ont aidé à s'installer de leur prise de risque militaire face aux troupes fidèles à Gbagbo. Ils ne se soucient guère pour l'instant des poursuites que pourraient impliquer les résultats des enquêtes en cours sur les exactions commises lors de leur avancée à l'Ouest, s'ils s'y trouvent impliqués. Certains ne comprendront même pas d'être sanctionnés pour services rendus ou pour ces hauts " faits d'arme ". Comment intégrer demain ces combattants irréguliers dans une armée vraiment républicaine ?

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Que faire de l'ancien camp ?

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Au vu du scrutin de l'automne dernier, Laurent Gbagbo compte 46 % d'électeurs. Ouattara ne peut les ignorer. Il promet un gouvernement d'union nationale et une gouvernance inclusive, comme le lui recommande la communauté internationale. Cela suppose la nomination de personnes issues du camp adverse d'hier à des postes plus ou moins stratégiques. Comment concilier un tel critère avec la compétence et la performance, chers à " l'esprit ADO " ? Comment arbitrer la distribution de postes politiques entre les cercles concentriques de militants et d'anciens adversaires ? ADO devra donner aussi des gages sur sa capacité à défendre les intérêts nationaux face à " l'appétit ", économique notamment, de ses soutiens occidentaux, surtout français. L'opinion publique marquée par les discours de Gbagbo sur la Françafrique sera très regardante.

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Par ailleurs, le pays ne peut surfer encore sur les malaises sociaux qui le minent. La commission Dialogue, vérité et réconciliation est une initiative heureuse. Mais il faudra trouver le bon dosage entre devoir de justice et pardon nécessaire. Les victimes attendent que leurs bourreaux soient punis. Certains épisodes de la crise sociopolitique qui dure depuis 1993 doivent être revisités et les responsabilités situées. Mais un trop grand déballage peut aussi déstabiliser une société déjà fragilisée. Pour aborder ce chantier, Ouattara souhaite s'inspirer du modèle sud-africain, où la transition a été facilitée par les vastes ressources à la disposition de l'Etat. Question : si la réconciliation en Côte d'Ivoire n'a pas de prix, qui donc en supportera le coût alors que le pays n'en a pas les moyens aujourd'hui ?


© Altern. économiques, 2011

Pour citer cet article

Akindès Francis, « Côte d'Ivoire : Ouattara face à la réconciliation », Alternatives Internationales, 6/2011 (n° 51), p. 21-21.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-internationales-2011-6-page-21.htm


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