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Alternatives Internationales

2011/6 (n° 51)


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Choc des civilisations, le retour ? On pouvait espérer que la propension à dresser l'Occident et le reste du monde l'un contre l'autre, comme deux entités irréductiblement différentes était un mauvais souvenir, un effluve saumâtre des années Bush. Las, elle semble revenir par là où on ne l'attendait pas, dans le discours des pays émergents, nouveaux champions de la mondialisation. Néoconfucianisme, nationalisme hindou, renaissance africaine, nouvel ottomanisme, retour de l'âme slave... La volonté farouche d'appartenir à une essence différente de celle de l'Occident, de rejeter dans un même élan des valeurs universalistes présentées comme allogènes ne traduit pas le repli défensif de pays marginalisés. Mais l'affirmation d'une nouvelle assurance chez ceux qui regardent avec un brin de condescendance des Etats-Unis et une Europe malmenés par la crise.

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Comme toute forte revendication identitaire, celle-ci n'est pas désintéressée. Sur la scène internationale, l'opposition à l'Occident permet aux contestataires de l'ordre déclinant de se définir, malgré leurs différends, un adversaire commun, quand bien même ses contours sont imprécis et son homogénéité sujette à caution. En interne, pour des régimes autoritaires comme celui de Pékin, l'exaltation d'un passé mythifié, d'une culture éternelle sert avant tout à légitimer le statu quo politique (lire p. 30-32).

Tradition relookée

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Une tentation qui touche même des pays démocratiques, comme l'Inde. Ou plus précisément leurs élites, lesquelles bénéficient des nouveaux modes de consommation empruntés à l'Ouest et entendent conserver ce privilège en s'abritant derrière le manteau commode d'une tradition où chaque catégorie sociale est supposée rester à sa place (p. 33-35). Comme d'autres revendications identitaires, celles des pays émergents ont leurs concepts, leurs intellectuels organiques. Qui en Russie par exemple élèvent la " culturologie " au rang de science (p. 36-37) pour fixer dans une carte définitive du monde les traits de chaque civilisation.

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La messe n'est pas dite cependant. Car si la tradition relookée ne veut voir qu'une seule tête, les sociétés, elles, ont bien des motifs de se rebeller, quel que soit par ailleurs leur ressentiment vis-à-vis des Etats-Unis ou d'une Europe tentée par le repli. Les classes pauvres des pays émergents n'ont aucun intérêt au statu quo interne. Et les minorités (religieuses, linguistiques...) ont à tout craindre de l'homogénéisation culturelle (lire p. 38 et suivantes). Au Maghreb et au Machrek, qui étaient pourtant censés incarner l'Autre dans le clash des civilisations, les récentes révolutions ont montré, jusqu'à présent du moins, que l'on pouvait revendiquer la liberté, la démocratie et la justice sociale, sans se soucier de l'origine, occidentale ou pas, de telles valeurs.

Plan de l'article

  1. Tradition relookée

© Altern. économiques, 2011

Pour citer cet article

Mens Yann, « Pays émergents : être ou ne pas être occidental (introduction au dossier) », Alternatives Internationales, 6/2011 (n° 51), p. 29-29.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-internationales-2011-6-page-29.htm


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