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Alternatives Internationales

2011/6 (n° 51)


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Quand on lui rappelle les silences passés de la France, le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, monte en généralité : " Qui n'a pas eu de relations avec l'ancien régime (tunisien) ? Qui n'a pas eu de relations avec l'ancien régime libyen ? Qui n'a pas eu de relations avec l'ancien régime égyptien ? Les relations internationales sont ce qu'elles sont. Il y a des gouvernements en exercice et on travaille avec ces gouvernements, voilà !  [1][1] Conférence de presse, à Tunis, le 20 avril 2011. " Sans doute. On ne choisit pas les chefs d'Etat des autres. Tout au plus, peut-on ne pas leur adresser la parole, mais c'est incommode quand partout l'interdépendance croît. Les Etats avec lesquels la France n'a pas de relations diplomatiques sont rarissimes.

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Cela posé, est-on fondé à parler de droits de l'homme avec ses partenaires ? Assurément. Souveraineté ou pas, les conventions internationales qu'ils ont signées leur sont opposables. Tout comme à la France. Mais peut-on aller plus loin ? Faire pression ? Sanctionner ? Longtemps héraut de l'ingérence, Bernard Kouchner eut une triste révélation au Quai d'Orsay en 2008 : " Il y a contradiction permanente entre les droits de l'homme et la politique étrangère d'un Etat, même en France  [2][2] Le Parisien, daté du 10 décembre 2008.. " Ainsi, même dans la prétendue " patrie des droits de l'homme ", les gouvernants marchent sur des oeufs lorsqu'il s'agit de causer publiquement liberté d'expression et de manifestation, ou élections libres avec leurs partenaires. Surtout si ces derniers sont de gros clients ou des fournisseurs importants.

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Cette prudence de Sioux n'est pas, loin de là, une exclusivité française (lire p. 50-56). Mais jusqu'à quel point se justifie-t-elle ? La Chine, éventuellement tentée par l'achat d'Airbus ou de TGV, changera-t-elle vraiment de vendeur si Paris rappelle urbi et orbi le nombre de ses dissidents emprisonnés ? Les pays d'Afrique francophone se jetteront-ils dans les bras d'un parrain moins exigeant si la France martèle que la démocratie exige l'alternance ? Les droits de l'homme doivent-ils vraiment être marginalisés dans le donnant-donnant progressif qui fonde souvent les relations internationales ? Certes, la conditionnalité de l'aide et surtout les sanctions sont des outils délicats à doser, à cibler. Sans aller chaque fois jusque-là, la dénonciation publique, et collective autant que possible, des violations graves des droits humains, où qu'elles se produisent, est une ardente obligation. A ne négliger sous aucun prétexte.

Notes

[1]

Conférence de presse, à Tunis, le 20 avril 2011.

[2]

Le Parisien, daté du 10 décembre 2008.


© Altern. économiques, 2011

Pour citer cet article

Mens Yann, Piot Olivier, « Droits de l'homme et diplomatie : l'impossible alliance ? (introduction au dossier) », Alternatives Internationales, 6/2011 (n° 51), p. 49-49.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-internationales-2011-6-page-49.htm


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