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Alternatives Internationales

2011/9 (n° 52)


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En Norvège, en Suisse, en Autriche, ils récoltent plus de 20 % des voix aux élections législatives. En Finlande, ils les frôlent. Au Danemark, en Hongrie, aux Pays-Bas, ou en France à la présidentielle, ils gravitent autour des 15 %. A peu près partout en Europe, ils gagnent vite du terrain. La crise alimente ces partis que l'on a du mal à désigner. Extrême droite ? Certains en sont issus, tel le Front national. D'autres sont les héritiers de partis ruraux conservateurs, de mouvements anti-impôts ou de séparatismes régionaux. Droite extrême ? A coup sûr. Car ils convergent vers un même discours populiste et xénophobe qui, sans armer le bras meurtrier d'Anders Breivik, ex-militant du Parti du progrès norvégien, lui a au moins fourni son cadre idéologique d'origine. De cette rhétorique, certains postulats sont anciens. Celui qui veut que le peuple des " petits " soit sain, tandis que les élites, les " gros ", sont corrompues. Celui aussi qui nie les différences de classes sociales. D'autres, plus récents, témoignent du glissement d'un racisme fondé sur l'apparence physique à un nationalisme culturel exacerbé. Aux yeux des populistes, le peuple partage une identité unique héritée du passé et aux traits invariants. Un double péril le guetterait. De l'Union européenne d'abord qui en collusion avec les " gros " annihilerait sa souveraineté. De l'immigration surtout qui saperait son Etat-providence par la pression exercée sur les dépenses sociales dont il faudrait donc priver les travailleurs étrangers, et qui menacerait ses traditions, ses libertés à travers l'influence de l'islam.

Défenseurs des femmes

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Ce discours séduit notamment parce qu'il fait écho aux souffrances de milieux ouvriers victimes de la désindustrialisation. Mais il fonctionne aussi bien en Suisse où le chômage est faible et les étrangers sont européens (lire p. 32). Sa rhétorique est d'autant plus difficile à combattre qu'elle retourne contre ses adversaires leurs propres armes. Longtemps, les populistes alors proches du petit patronat furent ennemis de l'intervention de l'Etat dans l'économie. Avec la crise, certains se transforment en ardents promoteurs d'une puissance publique protectrice, à l'instar de Marine Le Pen (lire p. 43). La gauche exaltait le respect de la différence ? La droite extrême le récupère : que chacun reste (ou rentre) chez soi pour demeurer lui-même. La laïcité ou les droits de la femme deviennent des armes pour stigmatiser les musulmans.

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Tout cela ne fait pas un programme de gouvernement. Mais beaucoup de ces mouvements ne cherchent pas (pour l'instant ?) l'exercice direct du pouvoir dont les inévitables compromis risquent d'aliéner l'électorat. Les plus habiles se contentent de peser assez au Parlement pour contraindre des partis de gouvernement en quête de majorité à voter de nouvelles lois contre l'immigration (lire p. 38). Ou utilisent le référendum pour contourner les élus. Ils posent ainsi dans nos institutions des pierres qu'il sera de plus en plus difficile de retirer. C'est leur première victoire.

Plan de l'article

  1. Défenseurs des femmes

© Altern. économiques, 2011

Pour citer cet article

Mens Yann, « Eruope : comment l'extrême droite profite de la crise », Alternatives Internationales, 9/2011 (n° 52), p. 29-29.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-internationales-2011-9-page-29.htm


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