Accueil Magazines Magazine Numéro Article

Alternatives Internationales

2011/9 (n° 52)


ALERTES EMAIL - MAGAZINE Alternatives Internationales

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de ce magazine.

Fermer

Pages 5 - 5 Article suivant
1

Et un tyran de moins ! A l'heure où nous écrivons ces lignes, Mouammar Kadhafi n'a pas encore été retrouvé, mais son régime est à terre. Et c'est en soi une grande victoire. Pour les Libyens d'abord, qui l'ont payée cher. Le CNT (Conseil national de transition) affirme que 20 000 personnes sont mortes jusqu'ici durant le conflit. Ce type d'estimations doit être toujours manié avec la plus extrême prudence et il sera certainement difficile de parvenir un jour à un chiffre fiable. Mais il est certain qu'une quantité considérable de sang a été versée (même si elle a été relativement peu montrée) pour en finir avec une dictature dont les affligeantes pitreries n'amusaient que ceux qui n'en subissaient pas le joug. Ce qui adviendra demain de la Libye doit relever de la responsabilité de ses seuls citoyens (lire p. 10) quelle que soit l'aide que le reste du monde pourra leur apporter s'ils la souhaitent. Ce ne sera pas un chemin de roses, mais on n'est pas obligé de croire toujours au pire.

2

Est-ce aussi une victoire pour la coalition occidentale ? Sur un plan technique, c'est à coup sûr un succès si l'on considère qu'elle a tenu pour l'essentiel le pari difficile de ne pas mettre de troupes au sol, hors les fameux conseillers et autres forces spéciales. Beaucoup d'experts de la chose militaire en doutaient au moment où le Royaume-Uni, la France et leurs alliés de l'Otan se sont lancés dans la bataille.

3

Mais ce succès-là porte en lui un danger politique. Car s'il est possible de changer des régimes en expédiant " seulement " avions et navires, et surtout sans faire de morts occidentaux, évitant ainsi les critiques de l'opinion publique devant les cercueils plombés qui rentrent au pays, le risque est grand de retomber dans les travers néoconservateurs qui sommeillent parfois chez nos dirigeants. De se précipiter à porter un peu partout le fer en affichant de généreuses motivations.

4

Certes, on pourra objecter que la prudence de Sioux dont l'Europe et les Etats-Unis font preuve à l'endroit du régime syrien (lire p. 6), lequel a de moins en moins à " envier " dans le registre de la cruauté à feu son homologue libyen, montre qu'ils sont guéris de ces périlleux penchants. Peut-être... Notons tout de même que les opposants syriens n'ont pas jusqu'à présent sollicité d'intervention militaire étrangère. Et observons aussi que le Proche-Orient est pour les Occidentaux un terrain politique plus miné encore que le Maghreb. Gardons en tout cas à l'esprit que l'expérience libyenne est probablement une (glorieuse ?) exception.


© Altern. économiques, 2011

Pour citer cet article

Mens Yann, « A qui le tour ? », Alternatives Internationales, 9/2011 (n° 52), p. 5-5.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-internationales-2011-9-page-5.htm


Pages 5 - 5 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback