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Alternatives Internationales

2012/6 (n° 55)


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Il ne faut pas insulter l'avenir, surtout quand on dirige un pays. C'est sans doute la raison pour laquelle face aux massacres commis par le régime de Bachar al-Assad, François Hollande n'a pas exclu une intervention militaire en Syrie qu'il a assortie toutefois d'une condition bien improbable : l'approbation du Conseil de sécurité. La Russie et la Chine s'y opposent, notamment parce que l'an dernier, une résolution du Conseil avait autorisé une intervention militaire qui ne visait pas à changer le régime libyen mais dont les puissances occidentales avaient ensuite largement " interprété " les termes pour justifier leur assaut contre Kadhafi. Notons aussi que dans le cas du Kosovo, en 1999, la France et ses alliés s'étaient passés d'une bénédiction explicite de l'ONU pour intervenir. Mais la forme juridique n'est pas la seule difficulté en Syrie.

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François Hollande n'a pas précisé quelle forme prendrait une intervention militaire. S'agit-il d'envoyer des troupes occidentales au sol ? À vue humaine, personne ne semble l'envisager, et notamment pas les pays qui se retirent d'Afghanistan. S'agit-il alors de bombarder par air des positions syriennes pour stopper la répression ? Certains le demandent comme Bernard-Henri Lévy, étonnamment persuadé qu'une intervention serait plus facile en Syrie qu'en Libye  [1][1] Les Matins de France Culture, 6 juin 2012, notamment parce que Bachar al-Assad serait un être rationnel, contrairement à Kadhafi, et donc sensible au rapport de forces. L'expérience cruelle du Liban, où la Syrie joua sans cesse les pompiers-pyromanes pour justifier son occupation (1976-2005), laisse penser que les dirigeants de Damas sont avant tout cyniques. Et plus encore quand ils se sentent acculés. Si demain la mafia qui est au pouvoir à Damas était menacée par l'extérieur, en plus de l'intérieur, elle n'hésiterait sans doute pas à déclencher un incendie chez son voisin, voire au-delà.

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À défaut d'intervenir directement, la France, la Grande-Bretagne, les États-Unis armeront-ils les Syriens en révolte pour qu'au moins ceux-ci puissent mieux se défendre ? Si le régime de Damas poursuit ses tueries de masse, c'est une hypothèse probable. Bien sûr, les puissances occidentales peuvent laisser d'autres, des pays du Golfe notamment, s'en charger. Et ceux-ci le font déjà, semble-t-il, chacun choisissant ses clients dans une opposition syrienne inévitablement disparate. Comparaison n'est pas raison, mais il peut être utile de rappeler un précédent. Lorsque dans les années 1980, les États-Unis confièrent au Pakistan le soin de canaliser leur aide militaire aux résistants afghans en lutte contre l'occupation soviétique, Islamabad privilégia les factions qui lui étaient idéologiquement les plus proches d'elles. Elles sont aujourd'hui alliées aux talibans.

Notes

[1]

Les Matins de France Culture, 6 juin 2012


© Altern. économiques, 2012

Pour citer cet article

Mens Yann, « Armer les Syriens ? », Alternatives Internationales, 6/2012 (n° 55), p. 5-5.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-internationales-2012-6-page-5.htm


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