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Alternatives Internationales

2012/9 (N° 56)


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Personne bien sûr n'a très envie de parler de guerre en temps de paix. C'est un sujet qui rappelle des souvenirs trop cruels à ceux qui l'ont subie, et semble relever d'un autre monde à ceux qui ne l'ont jamais connue. Les Français ont la chance, le privilège même à l'aune de la planète, de ne plus connaître de combats sur leur sol depuis plusieurs décennies. Pourtant, d'Alep à Kaboul, de Tombouctou aux Kivu, les échos tragiques des guerres des autres nous arrivent sans cesse. Certaines sont plus médiatisées, d'autres plus oubliées. Mais régulièrement, dès que la panoplie diplomatique, depuis les aimables pressions jusqu'aux sanctions renforcées, s'est révélée insuffisante, se posent les mêmes questions : faut-il intervenir par la force et comment ? Livrer des armes ? Envoyer des avions, des hommes ?

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La réponse à chaque fois est un arbitrage spécifique et difficile, car on doit d'abord évaluer si l'emploi de la force est vraiment le moindre mal, sans qu'aucune expertise permette de trancher tant la guerre est une entreprise incertaine. Il faut ensuite qu'au vu du rapport des forces, chaque pays décide s'il y va ou pas, en fonction de ses intérêts vitaux, de ses valeurs prioritaires… mais aussi de ses moyens.

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Or curieusement, si l'on trouve en France beaucoup de volontaires pour défendre les premiers et brandir les deuxièmes, on n'en trouve guère, hors des cercles très spécialisés, pour débattre avec précision des troisièmes. Surtout entre deux interventions. Ainsi, la France a porté le fer en Libye et la chute de Kadhafi a été présentée comme un succès pour lequel, aux côtés de la Grande-Bretagne, elle avait joué les premiers rôles. Sans doute, mais seulement parce que comme Londres, elle a pu compter sur un considérable soutien (transport, ravitaillement, renseignement…) des États-Unis qui avaient en outre effectué eux-mêmes une part essentielle des premières opérations. Qu'en serait-il demain si elle décidait de participer à une opération en Syrie ? Pourrait-elle se passer de l'appui américain dans le cas où Washington se tiendrait à l'écart ? Choisir les moyens dont on se dote, c'est implicitement décider par avance de ce que l'on pourra faire, ou pas, le jour venu. C'est une question qui, en temps de restrictions budgétaires, se pose avec plus d'acuité encore, surtout dans un pays où l'arsenal nucléaire pèse lourd dans le budget de défense. Elle fut pourtant bien absente du débat public de l'élection présidentielle et le reste depuis, même si un Livre Blanc sur la défense est en cours d'élaboration. Elle divise probablement à gauche, où les Verts sont peu diserts sur les questions d'armement. La guerre est pourtant une chose trop sérieuse pour ne s'en soucier que le jour où elle est là. Nous devrions vraiment en parler.


© Altern. économiques, 2012

Pour citer cet article

Mens Yann, « Nous devrions en parler », Alternatives Internationales, 9/2012 (N° 56), p. 5-5.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-internationales-2012-9-page-5.htm


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