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Alternatives Internationales

2013/12 (N° 61)


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Au mois d'août dernier, pour la première fois, un navire commercial chinois d'un tonnage de 19 000 tonnes a transporté sa cargaison de matériau lourd en empruntant la route de l'Arctique, depuis Dalian en Chine jusqu'à Rotterdam aux Pays-Bas. La fonte des glaces, due au réchauffement climatique, permet en effet aux bateaux chinois, partis des ports situés au nord de Hong Kong, d'emprunter cette "Northern Sea Route" par laquelle on rallie l'Europe en 35 jours au lieu de 48 en moyenne par le détroit de Malacca (entre Indonésie et Malaisie) et le canal de Suez. Ce n'est qu'un début, puisqu'en 2013, plus de 420 vaisseaux de toutes nationalités, ont reçu l'autorisation d'utiliser cette voie contrôlée par les Russes. Quelles que soient ses convergences diplomatiques avec Pékin, Moscou s'inquiète de cette nouvelle manifestation de puissance de la part d'une Chine qui s'est engagée dans la construction de nombreux bateaux brise-glace et de cargos à double coque. Conséquence : la Russie se rapproche du Japon, rival asiatique de la Chine. Certes, Moscou et Tokyo n'ont toujours pas signé de traité de paix depuis la Seconde Guerre mondiale, en raison de leur contentieux territorial autour des îles Kouriles. Mais cela n'a pas empêché le Premier ministre japonais Shinzo Abe de se rendre à Moscou en avril 2013, dix ans après la dernière visite d'un chef de gouvernement japonais en Russie. Les ministres de la défense et des affaires étrangères des deux pays viennent à leur tour de se retrouver à Tokyo en novembre. Des projets de manoeuvres navales conjointes y ont été annoncés - officiellement pour lutter contre la piraterie, prétexte habituel des coopérations à finalité militaire. Elles sont ici clairement dirigées contre la Chine.

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La Russie n'est pas la seule puissance qui ait des raisons de craindre la poussée chinoise dans l'Arctique. L'Europe aussi pourrait éprouver un sentiment de vulnérabilité en raison du changement de politique du Groenland. Cette "communauté autonome" au sein du Royaume du Danemark a acquis en 2009 un statut d'autonomie poussée, avant une éventuelle indépendance, et a décidé en octobre 2013 d'autoriser l'exploitation de ses ressources en uranium et minerais (du fer aux terres rares). Une exploitation que le réchauffement climatique rend plus aisée. Ces réserves a priori considérables devraient permettre aux 57 000 Groenlandais de s'émanciper de Copenhague qui finance directement un tiers de son budget. Mais cette mise en valeur ne pourra avoir lieu sans une aide technique qui pourrait bien venir de Chine. En 2011 déjà, le Premier ministre du Groenland, Kuupik Kleist, s'était dit ouvert à de tels investissements. Et en 2013, sa successeur, Aleqa Hammond, a soutenu la candidature de la Chine au statut d' "observateur permanent" du Conseil de l'Arctique, un club de huit pays dont le territoire se trouve en partie dans cette région. Si l'Union européenne peut s'inquiéter d'une présence chinoise dans l'Arctique, elle se félicitera sans doute de voir mises sur le marché des ressources nouvelles, notamment des terres rares, un secteur que la Chine contrôle à 90 %.

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Mais le véritable défi est environnemental, entre les risques qui tiennent aux effets directs du réchauffement climatique, comme l'accélération du dégel du permafrost, mais aussi à l'exploitation des matières premières elle-même. Quant à la biodiversité, elle est menacée par la pêche industrielle que le réchauffement climatique permettra en ouvrant de nouvelles routes. L'Organisation maritime internationale s'est attelée à la confection d'un "code Arctique" dont il faut espérer qu'il verra rapidement le jour. Et surtout qu'il sera respecté.


Bibliographie

  • * http://alternatives-internationales.fr/page.php?rub=03&srub=11

© Altern. économiques, 2013

Pour citer cet article

Jaffrelot Christophe, « En Pôle position », Alternatives Internationales, 12/2013 (N° 61), p. 82-82.

URL : http://www.cairn.info/magazine-alternatives-internationales-2013-12-page-82.htm


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